Saga Olympique : 1900 ou les drôles de médailles

Publié le 20/07/16

Cette année, près de cent ans après sa dernière apparition, le rugby effectue officiellement son grand retour sur la scène olympique. Il est, effectivement, inscrit au palmarès olympique du début du siècle dernier mais sa présence fut d’une telle insignifiance qu’il est plus convenable de parler, pour 2016, d’avènement.

D’abord, parce que ce n’est pas la même discipline qui va être pratiquée à Rio ; ensuite et surtout parce que, sur aucune des quatre Olympiades (1900, 1908, 1920 et 1924) où parut le rugby (à XV), ne fut disputée une compétition digne de ce nom. Non seulement le nombre d’engagés fut, par deux fois, réduit au strict minimum, au mieux à trois, mais les formations n’étaient guère représentatives, les champions français de 1900 ayant, par exemple, obtenu leur médaille (sans avoir su qu’ils étaient récompensés !) en battant… deux équipes de club ! Considérer le revers de ces médailles ne vise pas au mépris des temps héroïques où n’existait ni XV de France, ni Fédération. Au contraire, la série en trois volets que nous proposons rend, en évoquant des scènes au charme suranné, une sorte d’hommage aux pionniers, à ces footballeurs ainsi nommés puisqu’ils jouaient le football inventé à Rugby. Cette série s’appuie sur les maigres archives constituées par les parutions de l’époque et sur l’ouvrage de Pierre Vitalien « Le rugby aux Jeux Olympiques », apparemment unique sur le sujet. 
 
Officiellement, les Français ont été, en 1900, les premiers champions olympiques de rugby mais le prestige de cette référence n’est en rien justifié. La réalité est beaucoup moins rutilante. Comment parler de tournoi olympique quand la compétition consiste en deux matchs et que les équipes en présence ne représentent même pas une nation ? Quand les vainqueurs n’ont même pas connaissance de la médaille qui leur est étrangement attribuée ?
Les organisateurs des Jeux Olympiques de 1900 à Paris, deuxièmes du nom après ceux d’Athènes, les avaient fait coïncider avec l’Exposition universelle, qui leur fit beaucoup d’ombre. Il en fut de même à Saint-Louis en 1904 (Exposition universelle) et à Londres en 1908 (Exposition franco-britannique), à telle enseigne que des spécialistes éminents ont, à cause de cette coïncidence, remis en cause le label olympique de ces trois éditions, sans flamme et sans protocole ; presque un foire… expo où, dans certaines disciplines, pros et amateurs se côtoyaient aimablement.
 
Polémique sur la sélection

L’intérêt des Jeux parisiens fut d’autant plus dilué qu’ils se déroulèrent du 14 mai au… 28 octobre ! Le « concours » de rugby, sport de démonstration ou, plutôt, d’Exposition, fut le dernier du programme et se déroula au vélodrome municipal de Vincennes, dans des conditions parfaitement inconcevables de nos jours. Cependant, ce fut celui qui obtint le plus gros succès populaire : le premier match attira 3.500 spectateurs environ alors qu’il fallait, par les moyens les plus rapides, une bonne heure pour se rendre du centre de Paris à Vincennes ; sans la pluie continuelle, il en eût attiré un millier de plus. Le second match se joua devant une foule « énorme », estimée à 6.000 personnes. Pour déplacer du public dans la banlieue est où le rugby n’était pas du tout implanté, les places avaient été proposées à un tarif  bas (50 centimes de l’époque).

Qu’il ait été organisé par l’USFSA et non par un comité olympique confirme l’insignifiante dimension de ce « tournoi ». Au demeurant, aucun compte rendu n’évoque une épreuve olympique : « La vie au grand Air », à la rubrique « Les sports à l’Exposition », titre simplement « Le match de football franco-allemand » ; au second et dernier match, elle consacre une page avec deux photos et une mince légende.

La plupart des Anglais avaient joué la veille et la traversée du Channel avait été éprouvante : l’équipe arriva à Paris à 6 h du matin et se reposa à peine trois heures avant de se mettre en tenue à Vincennes. Rien d’étonnant à ce qu’elle ait été nettement défaite par notre équipe (27-8).

L’Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques, qui régissait le sport depuis 1887, avait souhaité la présence du rugby aux Jeux de Paris, constituant elle-même une équipe qui se voulait nationale, alors que la première sortie officielle du XV de France eut lieu presque six ans plus tard. La commission rugby de l’USFSA refusa même au capitaine Olivier, désigné par un vote qui lui avait donné une voix de plus qu’à Frantz Reichel, le droit de choisir ses hommes comme cela se faisait alors : une grosse polémique s’en suivit, Charles Brennus démissionna de la commission rugby de l’USFSA tandis que Frantz Reichel brandissait la menace du retrait des huit Racingmen si Collas n’était pas désigné capitaine.
 
Des Anglais vagabonds

Quarante-huit heures avant le match, l’équipe était dissoute mais le pire fut évité in extremis. La formation « nationale » était exclusivement parisienne, composée d’éléments du Racing CF et du Stade Français à deux exceptions près (Richmann et Albert, du Cosmopolitan). Ses adversaires, pompeusement baptisés Allemagne et Angleterre, n’étaient que deux équipes de club : Francfort (Frankfurter Fussball Club) et Moseley.

Cette dernière avait d’ailleurs renoncé à son sigle officiel, Moseley FC, pour adopter la mention « Wanderers » (Vagabonds). En effet, dans l’incapacité de réunir quinze joueurs, le club  avait, dans un premier temps, décliné l’invitation. Finalement, le match avait été reporté du 21 au 28 octobre et Moseley avait fait appel à des éléments extérieurs, les fameux Vagabonds. La plupart des Anglais avaient joué la veille et la traversée du Channel avait été éprouvante : l’équipe arriva à Paris à 6 h du matin et se reposa à peine trois heures avant de se mettre en tenue à Vincennes. Rien d’étonnant à ce qu’elle ait été nettement défaite (27-8).

Francfort avait mieux résisté le 14 octobre, menant longtemps au score (14-5 à la mi-temps) avant de s’incliner 27-17. Heureusement pour les hommes d’Olivier, l’arbitre avait prolongé la partie d’une vingtaine de minutes. Au premier acte, il avait étrangement accordé quatre points pour un but sur coup franc allemand… A la pause, le préposé au tableau d’affichage, installation bancale saluée comme un beau progrès, avait effacé le score, inscrit à la craie.
Six mois d’efforts avaient été nécessaires pour organiser… deux matchs. Un troisième était programmé le 21 octobre, qui devait opposer les deux adversaires des Français, mais il fut annulé car il était impossible de faire séjourner les Allemands et les Anglais à Paris pendant quinze jours. « Curieux Jeux Olympiques » : c’est le titre du chapitre consacré à « l’événement » par Henri Garcia dans son ouvrage « La fabuleuse histoire du rugby ». Les suivants devaient l’être tout autant.
 
Les 17 « champions »

On n’a jamais su pourquoi et comment les médailles avaient été décernées aux vainqueurs du tournoi de Vincennes qui ne revendiqua jamais le label olympique. En tout cas, elles ne furent pas remises après le match contre Moseley. En janvier 1901, Frantz Reichel demanda, en séance de la commission de rugby de l’USFSA, que les joueurs ayant disputé les deux matchs de l’Exposition soient autorisés à s’offrir une cape d’international.

Ils sont au nombre de 17, l’équipe suivante ayant été alignée contre Francfort le 14 octobre : Pharamond (Racing Club de France et Stade Français) ; Collas (RCF), Richmann (Cosmopolitan), Henriquez de Zubiera (SF), Reichel (RCF) ; (o) Binoche (RCF), (m) Albert (Cosmopolitan) ; Hervé (SF), Gautier (SF), Olivier (SF) ; Lardanchet (UA 1er) ; Roosevelt (RCF) ; Sarrade (RCF), Lefebvre-Hubert (RCF), Aïtoff (RCF).
Contre Moseley, le 28 octobre, Henriquez de Zubiera et Albert ont été remplacés par Giroux (SF) et Gondouin (RCF).  
 

Crédit photo : DR

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