Équipes de France : « Nous portons les mêmes couleurs »

Publié le 08/11/18

Gaëlle Hermet a dix ans de moins que Guilhem Guirado, mais le même maillot, le même brassard et les mêmes ambitions. Ils échangent avec complicité et sincérité sur leur discipline, qui recèle de grands points communs, mais aussi de petites différences. Ils évoquent évidemment cette Tournée d’automne qui s’annonce aussi passionnante pour les un(e)s que les autres…

De quand date votre première rencontre ?

Gaëlle HERMET (Capitaine France féminines) : De l’année dernière, quand j’ai été nommée capitaine. Il y a eu la présentation officielle pour le Tournoi des 6 Nations. Ça s’était plutôt bien passé même si je n’étais pas très à l’aise avec cet exercice médiatique que je connaissais peu. Guilhem avait été très sympa avec moi. Il avait su me mettre en confiance. Son aide a été précieuse, surtout sur cet aspect médiatique. Mais il m’avait aussi donné quelques petits conseils sur le rôle du capitaine au sein d’une équipe, d’un vestiaire.

Guilhem GUIRADO (Capitaine XV de France) : Quand on vient pour des rassemblements à Marcoussis, on se croise, mais jamais très longtemps. Elles ont souvent des matches délocalisés en province et partent donc rapidement, en général en début de semaine. Une autre raison pour laquelle on ne se connaît pas encore très bien, c’est qu’elle est jeune. Moi, moins (rires).

Les deux équipes vivent-elles parfois des moments communs ?

GG : L’année dernière avant le Tournoi, on a partagé un dîner ensemble à Marcoussis. Ça avait été vraiment sympa. Ce serait une belle idée de faire ça tous les ans, comme une habitude, une tradition. Mais prenons l’exemple de cette Tournée d’automne. Elles vont partir à Toulon et Grenoble quand nous, nous allons plutôt rester à Marcoussis. Ce n’est pas simple du coup d’organiser ça. Mais on a tous la même identité, et c’est le plus important.

Quand vous vous croisez, les sujets de discussion tournent-ils obligatoirement autour du rugby ?

GH : On parle de rugby bien sûr, mais pas seulement. On parle aussi de nos vies en général ou de nos modes de fonctionnement, qui peuvent être très différents.

GG : Je me souviens avoir découvert des filles qui souvent travaillent ou continuent leurs études. On se sent, nous, du coup, privilégiés en tant que joueurs professionnels. J’ai appris par exemple que Gaëlle faisait des études d’ergothérapie.

Enviez-vous quelque chose du rugby de l’autre ?

GG : Non. L’état d’esprit est le même à la petite différence qu’elles ont remporté le Tournoi ! Je suis vraiment très content et très fier de ce qu’elles accomplissent. D’une manière générale, les garçons ont une image très positive du rugby féminin. On n’essaye pas de se ressembler, mais d’avoir une certaine unité pour représenter au mieux le rugby français.

GH : C’est exactement ça ! On essaye tous de se tirer les uns les autres vers le plus haut possible.

Hermet Guirado

Avec toujours le même plaisir de venir en sélection ?

GH : Bien sûr ! Représenter son pays, c’est réel plaisir, un honneur. Il y a toujours une compétition à préparer, un match à venir. La lassitude, ça ne peut pas exister dans ce contexte.

GG : Lorsqu’on vient en sélection, on retrouve les personnes qui nous encadrent toute l’année, mais aussi les membres du staff… Le principal, c’est surtout de retrouver les amis et les joueurs avec lesquels on va jouer, avec lesquels on se sent bien, on se bagarre tous les week-ends pour partager le même maillot lors des rassemblements.

Existe-t-il une osmose, une complémentarité entre les rugbys féminin et masculin ?

GH : Oui, je pense. Vraiment. On porte le même maillot, les mêmes couleurs. On a les mêmes objectifs, on fait partie de la même entité. Je pense qu’on a toujours à apprendre l’un de l’autre.

Guilhem, louez-vous comme tout le monde l’état d’esprit affiché par Gaëlle et son équipe de France ?

GG : C’est vrai qu’elles montrent un très bel esprit d’équipe depuis quelques années. Il y a peut-être des enseignements à tirer de leur façon de se préparer, de vivre ensemble, de ce qui est mis en œuvre pour en arriver là. On voit bien le bel état d’esprit qui règne chez elles. Il faudrait être plus en immersion pour bien comprendre d’où ça vient, comment ça se crée. Mais la source de motivation est commune aux filles et aux garçons : on joue pour notre pays !

Quel est d’ailleurs votre regard sur le rugby féminin ?

GG : Le rugby féminin avait déjà de beaux résultats et un très haut niveau, mais il est en perpétuelle évolution. Malheureusement, on ne connaît le rugby féminin qu’à travers le prisme de l’équipe de France. L’esprit de club n’est pas encore au même niveau. On sait que le championnat se développe vite, que le niveau des équipes progresse. Il y a un nouveau regard sur le rugby féminin. Les gens prennent beaucoup de plaisir à les voir jouer, à les voir s’amuser ensemble tout en ayant d’excellents résultats. Le sport féminin en général en France s’est bien développé depuis pas mal d’années, en sports collectifs notamment. Il est loin d’avoir atteint ses limites, qu’il repousse à chaque fois un peu plus.

GH : C’est vrai qu’on parle de plus en plus de nous quand on est en sélection nationale, moins dans les clubs. Mais c’est en train de venir avec ce nouveau championnat Élite notamment. Il reste encore du chemin à parcourir. Femmes, hommes, c’est en travaillant ensemble qu’on arrivera à quelque chose de beau pour le rugby français.

La veille du premier Test face à l’Afrique du Sud, regarderez vous Gaëlle et les Bleues face aux Black Ferns ?

GG : Bien sûr, on va regarder ça, tous ensemble. Leur premier match est à Toulon. J’ai donné quelques conseils à Gaëlle pour avoir la bonne place dans le vestiaire… Il va y avoir un gros engouement, c’est sûr. Les Toulonnais sont plutôt préoccupés en ce moment par la situation du RCT, mais ils répondront présents et pousseront fort derrière elles. Je leur prédis quelques frissons à l’entrée sur le terrain et j’espère que tout se passera bien pour elles.

GH : C’est la plus grosse nation du rugby, filles et garçons. On compte bien répondre présentes à cet événement. Jouer la meilleure équipe du monde, ça va nous permettre de nous étalonner. Après neuf mois sans jouer ensemble, impossible de savoir où on est en vraiment. On va jouer dans de très beaux stades, à Toulon, puis à Grenoble. J’espère que ça nous poussera pour atteindre le meilleur résultat, parce qu’on veut faire quelque chose de bien contre cette équipe.

À cinq jours près, vous avez dix ans d’écart. Guilhem, aimeriez vous avoir de nouveau 22 ans ?

GG : Non, je suis content de toute l’expérience emmagasinée depuis dix ans. À cette époque, j’étais comme elles, affamé ! J’ai fait un bon bout de carrière et j’espère profiter au maximum encore quelques années avant de ranger les crampons une bonne fois pour toutes.

La Coupe du monde au Japon sera donc votre dernier gros objectif international ?

GG : Évidemment. D’ici là, il y aura une longue préparation avec des matches très intenses, dès cet automne, puis lors du Tournoi des 6 Nations. J’espère que tout le monde se mettra au diapason pour que les résultats de l’équipe soient meilleurs.

Et vous Gaëlle, qu’espérez-vous avoir accompli lorsque vous aurez 32 ans ?

GH : Je serai déjà contente d’avoir toute l’expérience que Guilhem a pu acquérir aujourd’hui. J’espère aller le plus loin possible avec cette équipe lors des prochains Tournois, des prochaines Coupes du monde… Il y a de beaux événements pour le rugby français à venir. Je veux prendre de l’expérience et surtout, prendre du plaisir.

C’est un programme très alléchant qui attend vos deux équipes en ce mois de novembre. Que souhaitez-vous à l’autre ?

GH : Bonne chance bien sûr ! On sera à fond derrière vous, quoiqu’il arrive.

GG : Pareil pour cet automne. En voyant plus loin, ta carrière, elle est loin d’être tracée, tu as beaucoup de temps devant toi. Et quand j’aurai raccroché, je pourrai enfin aller voir du rugby féminin au stade, et pas qu’à la télé ! Profite de cet instant de jouer les Blacks, c’est toujours magique. Je dis souvent aux jeunes – et tu l’es – de prendre du plaisir et de garder cette flamme qui nous anime depuis petits. Pour moi, c’est la base. »

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