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Date de publication : 19 Mai 2010

« Redonner sa place au rugby à 7 »

Jean-Claude SKRELA, Directeur Technique National, nous dévoile les grands axes du Département Olympique, en charge du rugby à 7.

Quelle est la genèse du Département Olympique ? 

Jean-Claude SKRELA : A partir du moment où le rugby à 7 a été intégré aux Jeux Olympiques, nous avons eu la volonté de créer un projet autour d’un département olympique. Le Président de la FFR nous a donné comme directive de construire un projet pour être compétitif et pour pouvoir participer aux JO. Nous avons fait le bilan des dix années écoulées et nous avons toujours eu une difficulté récurrente dans la sélection des joueurs professionnels pour constituer une équipe de France à 7 performante. C’est un long cheminement de réflexion puisque nous avions deux chemins face à nous. Nous pouvions sélectionner directement les joueurs dans les clubs du Top 14 et prendre les meilleurs pour les Tournois de rugby à 7 ou avoir une autre vision des choses sur le plus long terme et entrer dans un projet de construction, de formation et de détection. Nous sommes partis sur des grands principes : être compétitif pour la Coupe du monde, avoir une volonté politique fédérale, mettre en place des compétitions de détection pour trouver les meilleurs joueurs avec des capacités pour le rugby à 7 et enfin constituer un groupe France qui participera aux grandes compétitions internationales. Aujourd’hui, à travers le Pôle France ou les Pôles Espoirs, nous sommes capables de détecter des potentiels pour le rugby à 15. Demain, nous devrons être capables de le faire pour le 7. Nous sommes donc partis sur ce deuxième axe puisque nous avons de grande difficulté à pouvoir convoquer des joueurs professionnels. La preuve pour le Tournoi de Londres, où nous n’avons pas pu avoir les joueurs que nous voulions sélectionner. Aujourd’hui, nous ne respectons pas l’invitation sur les Tournois IRB avec notre meilleure équipe de France. Le rugby à 7 a une importance très faible dans le monde du rugby français. 

Quelles sont les échéances à court terme ? 

Jean-Claude SKRELA : Il faudra être performant à très haut niveau mais pour être performant, il faut pouvoir détecter les bons joueurs. Pour cela, nous devons créer une filière de formation de rugby à 7. Dans les deux ou trois ans qui viennent, nous devrons avoir des résultats internationaux. Aujourd’hui, nous ne sommes pas performants, nous n’avons pas marqué un seul point sur le circuit mondial IRB. Si je regarde les résultats des 6 premières étapes, nous n’existons pas, nous sommes battus par des pays européens très faibles sur la scène rugbystique. Même si cela fait très mal, c’est la réalité d’aujourd’hui ! Les dirigeants français ont voté pour ce projet de département olympique et nous allons essayer de le mettre en œuvre. 

Quels sont les critères pour la détection d’un potentiel de rugby à 7 ? 

Jean-Claude SKRELA : Nous avons identifié plusieurs critères pour la détection. Il faudra que le joueur ou la joueuse en réunisse au moins un pour que nous puissions en faire l’évaluation. Tout d’abord, la vitesse, l’adresse et la perception. C’est détectable très rapidement. Quand un joueur prend des initiatives, c’est qu’il a vu, tout comme la vitesse, inhérente aux individus. Ensuite, nous pourrons évaluer sur des critères physiques et physiologiques à travers une méthodologie que nous sommes en train de mettre en place. Nous aurons des barèmes de sélection et nous serons beaucoup plus exigeants avec le 7 qu’avec le 15. Nous n’aurons quasiment aucune possibilité de nous tromper dans la sélection. Une médaille olympique requiert beaucoup d’exigences. Des athlètes se préparent des années pour moins de 10 secondes de course. Nous devons rentrer dans cette dimension de préparation. L’Olympisme a une exigence telle que nous devons y mettre toutes les possibilités de réussite. 

Pourra-t-on être en équipe de France à 7 et à 15 ? 

Jean-Claude SKRELA : On pourra être dans l’équipe de France à 15 après être passé par celle à 7 comme pour Julien Malzieu. Je souhaiterais que cela se passe comme cela mais ce sera compliqué. Dans notre projet, nous avons envie d’avoir des spécialistes de rugby à 7. Dans les autres nations, comme l’Angleterre, les grands joueurs ne jouent qu’à 7. Rien ne dit que le jour J nous ne prendrons pas un joueur du 15. Nous ne fermons pas les portes, il y a une complémentarité entre ces deux formes de rugby et pas d’antagonisme comme je l’entends trop souvent. C’est comme ceux qui veulent opposer le monde professionnel et l’amateur. Quoi qu’il en soit, c’est toujours du rugby, que je sache, l’essai, il faut le marquer au même endroit, la passe doit se faire derrière ! C’est toujours un sport de combat. Que les détracteurs du 7 viennent y jouer. Quand ils seront sur le pré et dans le rouge pendant deux jours, ils changeront de discours. Le rugby à 7, ce n’est pas des vacances mais un sport de combat dynamique avec des prises d’initiatives instantanées puisque l’espace est le même avec beaucoup moins de joueurs. Il faut être beaucoup plus pointu techniquement dans les passes ou dans l’agressivité parce que les zones de ruck se jouent à un contre un. Comme on ne pourra pas avoir les joueurs professionnels pendant une année complète, nous devons former des joueurs pour pouvoir aborder les échéances internationales avec sérénité. 

L’une des forces de ce projet réside dans l’égalité de traitement entre les filles et les garçons … 

Jean-Claude SKRELA : Il existe déjà des passerelles entre le 7 et le 15 chez les Féminines avec un groupe élargi dans lequel les encadrements puisent les forces vives. On peut donner des priorités dans le haut niveau à une année d’une grande échéance comme ce qui s’est passé l’année dernière avec la Coupe du monde à 7 et comme cette année avec celle à 15. Nous pouvons avancer plus vite avec les filles parce qu’elles ne sont pas dans un monde professionnel mais elles sont dans le même cadre que les garçons. Elles ne seront pas sous contrat mais sous convention avec les mêmes prérogatives. Dans la formation des jeunes joueuses et joueurs, nous sommes dans les mêmes principes. Les filles auront les mêmes possibilités de travail et de détection. 

Pour l’évaluation, la compétition est importante, comment vont s’articuler les compétitions nationales ? 

Jean-Claude SKRELA : Aujourd’hui, nous n’avons que la compétition Espoirs moins de 23 ans, moins de 19 ans et 17 ans pour pouvoir évaluer nos jeunes joueurs. Nous allons les développer un peu plus avec des week-ends supplémentaires de compétition. Pour les Espoirs, nous allons faire entrer en jeu les équipes de Fédérale 1 parce que nous savons qu’à l’intérieur de ces clubs, il y a de très bons jeunes issus des Pôles Espoirs ou du Pôle France. 

Quand les contrats vont-ils être mis en place ? 

Jean-Claude SKRELA : Nous sommes en train de finaliser le projet et je suis favorable à ce que nous ayons dès l’an prochain des joueurs sous contrat. Je sais que sur le marché, il y a des joueurs libres et non des moindres. Ils seront sous contrat avec la Fédération Française de Rugby comme un salarié classique. Nous déciderons du calendrier et des compétitions auxquelles participeront ces joueurs en nous affranchissant des contraintes actuelles.