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Date de publication : 03 Juin 2008

« Un groupe motivé »

Philippe BOHER, entraîneur de l’équipe de France des moins de 20 ans en charge des avants, décrypte pour nous, les forces et les faiblesses du groupe France qui défendra les couleurs tricolores lors de la Coupe du monde U20 au Pays de Galles.
Comment trouvez-vous vos avants à quelques jours d’entamer la Coupe du monde ? 

Philippe BOHER : Nous avons senti un grand plaisir de se retrouver. Il y a beaucoup d’envie à l’approche de l’évènement. Ils ont commencé très tôt à échanger par rapport à la compétition. Ils savent que c’est la dernière étape de la filière jeune et qu’ils ont déjà le pied à l’étrier pour la plupart dans des clubs du Top 14 ou de Pro D2. C’est le dernier moment qu’ils vont partager ensemble au plus haut niveau de leur génération. Ils se sont croisés dans les Pôles, des moins de 17 ans au moins de 20 ans en passant par le Pôle France. Ils ont envie de revenir avec quelque chose pour laisser une trace comme leurs prédécesseurs. Pour nous, c’est très intéressant parce que nous travaillons avec un groupe motivé, capable d’appréhender la pression inhérente à la Coupe du monde. 

Quelles sont les qualités et les défauts des avants français ? 

Philippe BOHER : Comme le veut la tradition du rugby français, nous sommes bons sur tout ce qui est organisé, les ballons portés, sur les conquêtes et notamment la mêlée. En revanche, nous devons progresser sur les déplacements de nos joueurs et sur l’intensité à mettre sur les phases de ruck. Ce sont les caractéristiques du haut niveau jeune et sur lesquelles nous avons quelques retards parce que ce n’est pas une priorité de nos championnats Espoirs et Reichel. Maintenant, les oppositions sont solides, il n’y a plus d’écart comme il y a 5 ou 6 ans. Les Anglais ont été impressionnants et remportent le Grand Chelem, les Gallois, dans un registre différent nous ont posé des soucis même si le match était largement à notre portée. Nous ne connaissons pas les Japonais mais nous savons qu’ils sont solides devant et sont très rapides derrière. Il y a beaucoup de Néo-zélandais qui viennent dans leur championnat et les meilleurs joueurs nippons intègrent les collèges et lycées en Nouvelle Zélande. Nous devrons nous méfier d’autant plus que c’est le premier match et qu’il est toujours compliqué de commencer une compétition. Si nous faisons ce qu’il faut, nous pourrons affronter la Nouvelle Zélande, ce qui se fait de mieux sur cette catégorie d’âge, puisqu’ils ont remporté le titre en moins de 19 ans. La compétition est très difficile à appréhender, nous allons avoir des oppositions qui vont aller crescendo et il faudra répondre présent à chaque étape. 

Est-ce un écueil que vous aviez constaté dans le Tournoi ? 

Philippe BOHER : Non, pas vraiment ! Sur le Tournoi, nous avons manqué de cohésion à certains moments parce que nous avons fait le choix de faire une revue d’effectif. Nous avons testé 45 joueurs à travers des équipes mixtes. Les Anglais ont fait le Grand Chelem avec les 23 mêmes joueurs, peut être que nous aurions fait la même chose en faisant pareil. Maintenant, nous savons que les 26 joueurs présents entrent complètement dans notre projet de jeu. 



La mêlée reste un point fort sur lequel vous vous appuyez … 

Philippe BOHER : En première ligne, nous avons des joueurs intéressants qui sont taillés pour jouer à un très haut niveau dans un avenir proche, d’autant qu’ils sont très jeunes, surtout pour des joueurs de première ligne. Kevin Kervarec, Rabah Slimani, Nicolas Agnesi, Clément Ric sont des piliers solides et performants. Ils ont du travail mais avec du potentiel. Au talonnage, Clément Maynadier et Marc Antoine Rallier doivent encore progresser sur les lancées parce que ce sont des joueurs reconvertis mais avec un gros avenir en perspective. Il faut les laisser grandir et mûrir tranquillement ! 

N’y a-t-il pas un déséquilibre entre les avants et les arrières puisque les récents capés du XV de France évoluent dans la ligne de trois-quarts ? 

Philippe BOHER : Devant, à cet âge là, il y a un écart entre le début de saison et la fin. Ils progressent très vite et prennent beaucoup de maturité. Les matches que nous avons joué pendant le Tournoi nous ont fait évolué et nous ont permis de poser les bases de ce que nous voulons faire notamment sur les conquêtes et sur le jeu. On sent que ça revient plus facilement, que les joueurs ont envie de faire mieux et de prendre une revanche, notamment face au Pays de Galles. Nous sommes dans un sport qui demande plus de maturité et de travail pour performer au haut niveau. Ca ne me surprend pas que les nouveaux capés du XV de France jouent derrière. Nous avons Yohann Maestri, champion de France de Pro D2, qui a joué 21 matches avec Toulon notamment au côté de Victor Matfield. Nous avons pas mal de joueurs qui sont titulaires en Pro D2 comme Arthur Chollon (Bègles-Bordeaux), Louis Madaule (Narbonne), Raphaël Lakafia (Grenoble). Pour ces joueurs là, c’est une bonne opportunité de progresser et de grandir que de s’imposer en Pro D2 dans un championnat formateur. Beaucoup jouent dans les catégories Espoirs et Reichel de leur club où l’exigence est moins forte en dehors de ceux qui font la poule Elite avec un niveau de jeu et d’engagement assez intéressant. Devant, il y a toujours un an ou deux de retard par rapport aux trois-quarts pour éclore. 


Crédit photo : FFR/IPicarel