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Date de publication : 22 Décembre 2008

« Tout le monde s’est approprié ce projet »

Didier RETIERE, responsable de l’Académie Nationale des Premières Lignes, revient sur l’année 2008 et le lancement du projet sur le jeu en sécurité et sur la première ligne.

Quel est le but de cette dernière réunion de l’année 2008 de l’Académie Nationale des Premières lignes ?

Didier RETIERE : Nous finalisons les documents de formation que nous allons proposer pour la formation de nos intervenants des académies régionales. Nous finissons la mise en place de tous ces documents que nous terminons lors de cette réunion. C’est une sorte de mode d’emploi avec des idées directrices et deux ou trois repères pour pouvoir animer une séance dans un club. Nous finalisons aussi tous les projets que nous avons lancés cette année comme l’expertise technique sur les jougs qui vont équiper la Fédération dans l’avenir, la suite du dépôt de la marque Académie des Premières Lignes, la création d’un DVD sur l’historique de la mêlée et une bande dessinée qui va sortir sur l’Académie …

Le but est de toucher le maximum de monde ?

Didier RETIERE : Nous sommes sur les deux aspects, formation et protection des joueurs pour qu’ils puissent jouer la mêlée en toute sécurité et puis la promotion du jeu et des joueurs de ce poste. Il nous faut donc des actions diverses et variées.

La réussite est totale sur cette année 2008, vous attendiez-vous à un tel succès ?

Didier RETIERE : C’était l’objectif mais je ne savais pas si cela allait marcher. Ce que je trouve extraordinaire, c’est que tout le monde s’est approprié ce projet du plus haut niveau au plus petit club de France. En toute honnêteté, je ne fais pas la différence entre un pilier de l’équipe de France et un pilier de série territorial. Ils ont la même importance à mes yeux. Les gens ont des attentes par rapport à cela et c’est ma fierté et celle de l’Académie Nationale. Ce n’était pas gagner parce que la mêlée, les règles, c’était particulier. Nous voyons des passionnés de la mêlée qui reviennent au rugby juste pour ça. Le développement est exponentiel avec un engouement national autour des référents. Nous sommes victimes de notre succès et nous avons des choix cornéliens sur des hommes puisque nous avons plus de demandes que de places.

N’avez-vous pas dans la tête la création de l’Académie des Sages, une sorte de commission d’éthique de la mêlée ?

Didier RETIERE : Ce n’est pas très éloigné de l’initiative de Pierre Albaladejo sur la Commission d’Ethique. Nous avons des personnes qui sont investies des valeurs du rugby et dont le seul objectif est de les faire perdurer. J’avais réfléchi à intégrer la sécurité dans une sorte de commission d’éthique qui aurait pour mission de s’assurer du bon état d’esprit de ceux qui jouent au rugby. Maintenant, au niveau de l’Académie Nationale, c’est notre mission pour la première ligne. Nous sommes dans cette dynamique de groupe de réflexion avec des profils différents mais avec les mêmes valeurs. Après, Louis Armary, Jean-Pierre Garuet, Daniel Dubroca, nous faisons rentrer Philippe Dintrans, je voudrais que Christian Califano nous rejoigne. Ce sont tous des ambassadeurs de la première ligne, c’est notre groupe de sages.

L’essai de pénalité sur mêlée face aux Australiens a été un beau coup de publicité pour votre travail ?

Didier RETIERE : Dans l’esprit des gens, l’essai de pénalité que nous marquons face aux Australiens sur mêlée est celui de l’Académie des Premières lignes. Ce n’est pas vrai dans le sens travail mais dans l’état d’esprit du tutorat comme Didier Sanchez avec Nicolas Mas. Il existe un vrai lien entre les joueurs de premières lignes. Jean-Pierre Garuet a même dit que c’était la fierté de la première ligne française qui se retrouve. Maintenant, il faut rester humble mais c’est un beau symbole parce que cela veut dire que le travail paye, les intentions aussi. C’est l’état d’esprit de cette Académie, la transmission des savoirs, des coutumes, l’entraide entre les anciens et les joueurs internationaux. Nous avons des trésors de savoir avec ces gens là. Il y a dix ou quinze ans, nous avions des comportements sur la mêlée que nous avons perdus et que nous sommes en train d’enseigner à nouveau. Le rugby de Garuet, Armary ou Sanchez, c’est celui là. Ce que les gens ont du mal à comprendre, c’est que dans la mêlée, il y a tout le rugby. Nous avons les mêmes sensations qu’un ailier qui fait un cadrage-débordement. Certes, sur un temps plus court et sur quelques millimètres mais il y a une richesse de sensation et de prise de décisions énormes. En première ligne, nous sommes adversaires dans le jeu mais partenaires de mêlée. Il y a un combat mais avec des règles dans ce combat. La volonté n’est pas de prendre le risque de blesser l’autre. On veut dominer un combat loyal où le courage et le respect sont les maîtres-mots.

A plus ou moins long terme, peut-on avoir un changement autour de la règle de la mêlée dans les championnats fédéraux ?

Didier RETIERE : Notre objectif pour 2011 est de faire disparaître les règles C et D. On serait sur des phases de toucher avant entrer avec la poussée qui sera limitée à 1m50 quelque soit le gain du ballon. Les deux équipes auront la latitude de combattre dans une zone réglementée. Aujourd’hui, la mêlée est limitée à un engagement et un talonnage puisque dès que le ballon est gagné, la poussée doit s’arrêter. C’est cela que nous voulons changer. Il faut savoir qu’1m50 de poussée, c’est déjà une bonne mêlée. Nous voulons remettre la notion de combat du ballon mais pas n’importe comment. Pour cela, il faut que nous soyons certains que la mêlée puisse se jouer en toute sécurité. Nous ne pouvons pas changer la règle sans avoir des joueurs préparés. Le changement de règle des années 2000 nous a permis d’être la nation où il y a le moins d’accident puisque nous sommes à 1,7 accident pour 100 000 joueurs. C’est toujours trop mais cela montre bien que les règles protègent les joueurs.

Comment allez-vous évaluer la préparation du joueur ?

Didier RETIERE : Nos intervenants régionaux seront missionnés pour faire des enquêtes sur le terrain et pour nous donner la température dans tous les clubs de France quelque soit le niveau. Est-ce que les clubs s’entraînent régulièrement, est-ce qu’ils mettent en œuvre le programme de renforcement cervical que nous avons mis au point et utilisent-ils le matériel ? Est-ce qu’ils ont des jougs ? Nous allons aider tout le monde à se mettre au travail. L’objectif pour cette année est de visiter une fois chaque club partout en France et que pour tous les clubs de Fédérale, un référent mêlée soit validé par l’Académie des Premières lignes. Nous voulons faire entrer tout le monde dans une démarche citoyenne, si nous voulons changer la règle, il faut que tous s’engagent dans le projet parce que s’il y a à nouveau des accidents, nous serons obligés de revenir en arrière.