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Date de publication : 31 Janvier 2008

« Soyons ambitieux pour éveiller le joueur »

Manager de l’équipe de France des moins 20 ans, Philippe SELLA nous livre les objectifs mais aussi le projet de jeu mis en place pour cette nouvelle catégorie, véritable antichambre du XV de France

Est-ce que le changement de catégorie implique des objectifs différents ?

Philippe SELLA : L’objectif est le même par rapport à ce que les différents encadrements ont pu demander par le passé, à savoir, préparer ces jeunes joueurs à évoluer au plus haut niveau. Permettre à ces joueurs, dans une compétition internationale de se renforcer sur certaines convictions et sur certaines exigences à avoir pour améliorer son potentiel. Mettre les joueurs dans des conditions de réussite collective. Cela passe par beaucoup d’ambition dans le développement de la compétence du joueur et de la performance de l’équipe. Ces principes étaient déjà en place avec les moins de 21 ans même s’il y a une évolution dans la prise d’initiative. C’est en essayant de faire le plus qu’on arrive à grandir, il ne faut pas se satisfaire du minium. Les fondamentaux et les basiques ne font pas tout sur le long terme. Il peut y avoir le gain d’une compétition mais à partir d’un certain niveau, il faut d’autres ressources. Les moins de 21 ans ont été champions du monde parce qu’ils ont vécu des moments difficiles pendant la saison mais ils sont allés au bout de leurs convictions. Soyons ambitieux pour éveiller le joueur, la créativité a toujours engendré de la crainte et l’inquiétude chez l’adversaire.

Cette philosophie veut-elle dire que la victoire n’est pas forcément impérative ?

Philippe SELLA : On rentre sur un terrain pour gagner ! Un joueur doit avoir de la détermination et une volonté de l’emporter mais pas à tout prix. La manière est importante, c’est une grande différence. Comme l’a dit Flaubert, le succès n’est pas un but mais pas une conséquence. Notre objectif est le succès mais cela passe par le comment et pas le combien. Les victoires passent par la préparation, par la responsabilisation du joueur avec un référentiel. Nous ne sommes pas focalisés sur les fondamentaux et les basiques de ce jeu. C’est la difficulté de la première semaine de rassemblement parce qu’il faut que les joueurs soient mobilisés sur la discipline, la conquête, la défense … Nous aurons la deuxième semaine pour discuter des points positifs et de ce qui n’a pas fonctionné.

Avez-vous été surpris par le niveau ?

Philippe SELLA : Non pas vraiment ! J’avais déjà eu la chance de pouvoir suivre des matches. Il y a beaucoup de qualités dans cette génération avec des joueurs qui s’expriment déjà dans le rugby professionnel. Ils sont très matures physiquement avec une grosse tonicité, explosivité, une belle maîtrise technique. C’est bien de voir cela parce qu’on a souvent oublié que ce sport était aussi fait d’habilité manuelle. Le travail des Pôles Espoirs, des clubs et de la filière fédérale est en train de payer avec les générations qui se suivent. Le joueur doit être sans cesse en train d’évoluer. Notre but est de leur permettre de se découvrir en permanence. Aujourd’hui, il y a des joueurs talentueux avec un gros bagage technique dans leur catégorie d’âge mais il faut qu’ils soient ambitieux et humbles. Ils doivent se remettre en question parce qu’ils sont encore perfectibles et quand ils arriveront en senior, la concurrence sera bien plus grande avec des joueurs de 30 ans.

Pourquoi ce retour au sein des instances fédérales ?

Philippe SELLA : Je suis impliqué parce que cela me plaît d’être avec de jeunes rugbymen, d’être en contact proche avec les encadrements des équipes de France et surtout des moins de 20 ans. C’est une nouvelle aventure pour moi et il faudra que j’évolue mais aujourd’hui, j’ai un appétit de jeune premier. Je n’ai jamais vraiment quitté le rugby parce que c’est ma passion, ma vie … J’en parle tous les jours et me rapprocher du terrain me ranime. A la fin de ma carrière de joueur, j’ai pris des orientations professionnelles et j’ai vécu cette vie comme si j’étais sur un terrain, je me suis servi du rugby pour évoluer dans la vie active. Aujourd’hui, je veux rendre ce que le rugby m’a donné, faire passer un certain message. J’arrive discrètement parce que je suis comme ça. Les gens sont en place et je ne veux pas gêner mais apporter des choses. Je vais voir avec le temps comment je vais m’organiser. La proximité avec le joueur m’intéresse. Cela m’emballe de voir qu’il y a beaucoup d’ambition autour de ces équipes de France. Ce qui est demandé aux joueurs n’est certainement pas le plus simple mais cela peut apporter énormément de plaisir à tous ceux qui aiment le rugby. Je retrouve des choses simples que j’avais quand j’étais joueur, c’est beaucoup de bonheur !

On suppose que vous avez un œil particulier sur les centres ?

Philippe SELLA : C’est vrai que j’ai un œil particulier sur ce poste mais sur les trois-quarts en général. Paradoxalement, j’ai toujours respecté le rugby des avants notamment celui des premières lignes. J’ai un regard sur tout le monde et dès que l’on va aller sur des mises en place j’aurai des mots pour les joueurs. Les mots viendront au fur et à mesure, je suis discret pour le moment parce que je veux m’imprégner de ce qui se passe. J’ai déjà été voir des avants ou des trois-quarts par rapport à des attitudes ou des situations. Je trouve qu’ils sont très à l’écoute, c’est quasi religieux ! Nous allons mettre en place des choses pour qu’ils ne soient pas que des acteurs de terrain mais aussi des moteurs dans l’évolution. Il faut qu’ils vivent leur vie et que nous les accompagnions sans les étouffer.



COMPOSITION de l'équipe de France U20 face à l'Ecosse

Durquet – Fofana, Bastareaud, David, Timoteo – (o) Dumora – (m) Tomas (cap) – Loubière, Thuery, Vivalda – Jaulhac, Roidot – Ric, Maynadier, Agnesi

Remplaçants : Olive, Kervarec, Lakafia, Chollon, Lacrampe, Belie, Gimenez