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Date de publication : 17 Octobre 2008

« Mettre le joueur au centre du projet »

Après deux jours de réunion avec les préparateurs physiques des clubs professionnels, l’encadrement du XV de France nous explique ce nouveau mode de fonctionnement qui met la préparation du joueur au centre des préoccupations.
Quel était le but de ces deux jours de réunion avec les clubs professionnels ? 

Marc LIEVREMONT (entraîneur de l’équipe de France) : Nous avons passé deux jours avec les préparateurs physiques des clubs de Top 14 et de Pro D2 afin de mettre en place une collaboration entre notre encadrement et celui des clubs au profit du joueur et dans le cadre du projet fédéral que nous avions présenté en novembre 2007 avec la mise en place d’un pôle de recherche scientifique, d’un pôle sur la préparation physique et d’un pôle technique avec des experts comme Gonzalo Quesada pour le jeu au pied. Notre but est de mettre en place un certain nombre de compétences au profit du joueur que nous plaçons au centre du dispositif. Nous avons donc invité les préparateurs physiques de clubs avec une adhésion totale des clubs puisque 13 étaient représentés pour le Top 14 et 12 pour la Pro D2. Malgré la semaine riche en évènements avec les Coupes d’Europe, les préparateurs sont venus et nous avons pu échanger longuement durant deux jours. 

Didier RETIERE (entraîneur adjoint de l’équipe de France) : Notre but est vraiment de travailler pour les joueurs et non contre les clubs. Si nous tirons tous les joueurs vers le meilleur niveau, cela aura un impact sur l’équipe de France mais aussi sur les performances des clubs français. Nous sommes dans une démarche d’ouverture avec l’envie de mutualiser nos ressources à travers des pôles d’expertise. C’est certain que nous avons des contraintes différentes, entre un club qui a des entraînements quotidien avec des échéances hebdomadaires et l’équipe de France avec sa sélection, mais des intérêts communs. 

Quels ont été les sujets de discussion ? 

Didier RETIERE : Nous avons préféré réfléchir sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous sépare pour mettre en place une dynamique commune et partager nos problèmes pour trouver des solutions. Nous sommes d’accord pour dire que nos besoins sont les mêmes entre le club et l’équipe de France : comment optimiser la performance des joueurs, comment gérer la fatigue et la prévention de la blessure des joueurs. Par exemple, nous avons décidé d’arrêter de faire des tests en équipe de France mais plutôt de s’appuyer sur la batterie de tests réalisée par les préparateurs physiques des clubs. Nos pôles de compétences sont ouverts vers l’extérieur, nous les avons développés depuis notre nomination. Nous partons des contraintes et des besoins que nous avons pour créer de nouvelles façons de travailler afin d’aider le joueur à progresser. 

Julien PISCIONE (responsable du Pôle scientifique) : Nous ne parlons plus de recherche mais de pôle scientifique parce nous avons une vraie démarche au service des hommes de terrain. Nous travaillons de la veille scientifique à la recherche dans certains cas pour répondre à l’ensemble des besoins exprimés. Nous étudions sur différents aspects comme la compréhension des exigences du haut niveau, l’avancée dans la méthodologie des outils d’évaluation du joueur et l’optimisation des méthodes et des outils d’entraînement. Cette réunion a servi à présenter nos travaux et surtout à savoir si nous pouvons leur apporter quelque chose dans cette volonté de synergie des entraîneurs du XV de France pour faire progresser le joueur. Par exemple, nous avons beaucoup discuté autour de la thématique des efforts répétés. La réflexion qui se pose est comment développer deux qualités extrêmes que sont l’endurance et de force. Nous avons des choses à apporter aux clubs et nous sommes à l’écoute de leurs interrogations parce que cela peut nous permettre de partir sur des thématiques de recherche en fonction de certaines demandes. 

Marc LIEVREMONT : Dans un futur assez proche, il faut que nous pérennisions ces échanges parce que nous savons que les préparateurs physiques sont très sollicités et nous devrons être à l’initiative de ce dialogue. Depuis un an, nous avons fait le choix de ne plus faire monter les joueurs pour les tests physiques. Cela s’avère trop contraignant pour les joueurs et pour les clubs. Nous avons besoin des préparateurs physiques pour échanger sur la progression des joueurs de l’équipe de France. Nous avons aussi souhaité impliquer ceux de Pro D2 parce que nous nous intéressons à l’ensemble du potentiel professionnel du rugby français. Nous avons un objectif à court mais aussi à long terme ! 

Jean-Luc ARNAUD (Préparateur physique de l’équipe de France) : Nous avons la chance de pouvoir travailler avec Julien Piscione sur des thématiques qui nous posent problèmes comme les efforts répétés ou la récupération. Nous avons la chance de posséder un outil formidable avec le CNR et les joueurs du Pôle France pour pouvoir modéliser de nouveaux protocoles ou tester de nouvelles méthodologies. Nous n’avons pas le monopole des bonnes questions, c’est pour cela que notre pôle de préparation physique est ouvert et que nous voulons pouvoir échanger avec les clubs. Nous avons pu confronter nos idées et exposer nos avancées. Certains nous ont fait part de demandes et nous allons pouvoir travailler en collaboration pour développer ces sujets. 



Avez-vous planifié une organisation pour cette saison ? 

Marc LIEVREMONT : Nous n’avons pas forcément une stratégie élaborée mais nous avions plutôt l’ambition de jeter la première pierre d’une collaboration que l’on espère la plus durable possible. Il sera difficile de provoquer ce genre de réunion collective parce que nous connaissons les contraintes des clubs professionnels. Sur la base des échanges, des requêtes des préparateurs physiques de clubs ou de nos demandes, nous allons construire un réseau dans l’intérêt du joueur. Nous partons sur un cycle de quatre ans avec la Coupe du monde 2011 pour objectif. Nous ne voulons pas, à quatre mois de l’évènement, nous retrouver avec des joueurs qui ont été préparés dans un sens et que nous allons faire travailler dans un autre. Il est hors de question de demander aux entraîneurs de Top 14 d’uniformiser leur méthode en fonction de l’équipe de France mais par contre les exigences de préparation physique sont les mêmes pour le joueur qu’il soit en club ou en équipe de France. Aujourd’hui, quand je dis « nous », j’englobe les clubs, nous voulons travailler main dans la main avec un seul objectif, la progression individuel du joueur. 

Didier RETIERE : Nous sommes à un moment intéressant avec le changement des règles, nous sommes dans une phase d’exploration et d’ouverture avec pas mal de questions sur l’évolution du jeu. Nous ne pouvons pas tout planifier parce que nous ne maitrisons pas forcément ces changements. Nous préférons nous baser sur des échanges qui feront naître des projets concrets et pertinents pour les clubs et l’équipe de France. Il faut être patient et surtout maintenir cette continuité de relation pour qu’elle soit adaptée aux clubs et à l’équipe de France. Tant que tout le monde y trouvera son compte, ça marchera. 

Quel a été le ressenti des préparateurs physiques ? 

Didier RETIERE : Nous avons eu le sentiment qu’ils avaient un réel intérêt. Nous avons eu la volonté d’ouverture. Tout cela est très novateur mais ils ont aussi à réfléchir à ce que l’équipe de France peut leur apporter plutôt que d’amener des contraintes en plus. Le Pôle scientifique peut les aider sur des problématiques qu’ils n’ont pas le temps de résoudre. Nous allons pouvoir mener des recherches pour eux, partager nos outils avec eux comme le CNR, nous mettrons nos travaux à leur disposition. Nous sommes vraiment dans une notion d’échange. 

Marc LIEVREMONT : Nous avons aussi beaucoup à apprendre d’eux parce que certains sont très expérimentés comme Pascal Valentini, préparateur physique du Métro-Racing, qui s’occupait de l’équipe d’Italie pendant la Coupe du monde. Ils ont tous des idées ou des méthodes parfois différentes mais qui au bout du compte peuvent permettre à nos joueurs d’évoluer.