Top menu



Vous êtes ici : historique > 2008 > « La mêlée a retrouvé ses lettres de noblesse »
  Imprimer cette page






 
Date de publication : 14 Novembre 2008

« La mêlée a retrouvé ses lettres de noblesse »

Didier RETIERE, entraîneur des avants tricolores, revient sur les performances de la mêlée française et nous parle de ses attentes pour cette tournée d’automne 2008
Comment avez-vous trouvé la mêlée française face aux Argentins ? 

Didier RETIERE : Globalement, nous avons été très bons sur ce secteur pendant tout le match mais avec deux trous en début de deuxième mi-temps. Nous nous sommes relâchés au niveau de la concentration et à ce niveau, cela rejaillit automatiquement sur la technique. Maintenant, nous sommes sur une bonne voie même si Martin Scelzo était absent. La performance est intéressante mais il faudra être plus constant dans l’effort. Les joueurs ont mis beaucoup d’énergie sur la première période et ils se sont relâchés par la suite. 

Vous attendiez vos joueurs sur l’agressivité, vous avez été servi …. 

Didier RETIERE : Nous voulons jouer un rugby complet dans lequel il n’y a pas de séparation entre le combat et le mouvement. Les joueurs ont vraiment répondu présent sur ce secteur. Ce match peut compter dans l’histoire de cette équipe parce que nous avons fait preuve de qualités et de vertus que nous n’avions pas montrées depuis longtemps. Culturellement, les Pumas possèdent ce goût du combat et c’est une performance intéressante de rivaliser dans ce domaine. 

Vous avez été beaucoup pénalisés dans le jeu au sol, quelle analyse en avez-vous tirée ? 

Didier RETIERE : Cela rentre complètement dans la démarche que nous avons avec un jeu assez ouvert , de la liberté pour les joueurs mais avec une exigence extrême sur la performance individuelle. Les joueurs ont des retours la dessus, pas dans une démarche de sanction mais dans une démarche de progrès. Nous voulons que le joueur analyse sa performance et trouve les moyens de se remettre en cause. Nous avons été beaucoup pénalisés mais ces fautes ont traduit des lacunes techniques sur le placement dans les rucks, sur l’équilibre. C’est un des secteurs sur lequel nous avons à progresser même si c’est un des matches où, paradoxalement, nous avons eu la meilleure performance sur le jeu au sol. Nous n’avons pas consommé de joueurs inutilement dans les regroupements, ce qui était un peu le mal français ces derniers temps. Nous échangeons beaucoup avec les joueurs pour pouvoir améliorer cette phase. 

Avez-vous fait appel à un arbitre français cette semaine ? 

Didier RETIERE : Nous avons toujours un débriefing de la règle par un arbitre après un match. Cette semaine, Christophe Berdos est venu mercredi pour pouvoir nous donner son point de vue. 

La mêlée a-t-elle mieux marché que la touche ? 

Didier RETIERE : Oui, pas réellement sur les contres parce que nous les avons pas mal perturbés. En ce qui concerne nos alignements, nous avons eu un petit flottement en début de deuxième mi-temps qui correspond aussi à nos problèmes en mêlée. Nous avons voulu faire dans le complexe avec des annonces compliquées. Je pense que les joueurs se sentaient en confiance et que nous avons eu aussi un problème de concentration. Nous avons été rappelés à l’ordre et je pense que le groupe se construit aussi là-dessus. Sur la tournée, nous avons un travail important avec les leaders de jeu. 



Les Pacific Islanders, un nom exotique pour un match piège ? 

Didier RETIERE : C’est bien entendu l’écueil à éviter ! Nous les connaissons bien, autant ils peuvent être adorables en dehors, autant sur le terrain, ce sont de redoutables guerriers. Il ne faut pas s’amuser avec ces joueurs. Cette semaine, nous sommes plus exigeants avec les joueurs et il y a des signes qui ne trompent pas. Nous sentons les joueurs impliqués sur la récupération, ils se prennent en main individuellement. Je sens une forte adhésion à ce que nous voulons mettre en place. Il y a une forme de maturité qui se met en place. Ils sentent où nous voulons aller. La tournée en Australie est fondatrice dans notre relation avec les joueurs. C’était compliqué parce que nous avions des joueurs qui avaient le sentiment d’arriver comme un cheveu sur la soupe. Notre manière d’aborder la compétition avec eux à montrer que ce n’était pas le cas. Nous avions des contraintes et nous avons fait avec. 

Victoire 12-6 face aux Pacific Islanders, vous prenez ? 

Didier RETIERE : Nous sommes toujours en équilibre entre la volonté de gagner et la manière. Il faut rester objectif sur notre plan de marche. Je signe pour une victoire même étriquée samedi mais il ne faut pas s’en contenter. A un moment donné, il faut trouver le bon compromis entre la victoire et la construction d’un jeu durable. Il ne faut pas faire de raccourcis ! Nous savons que le match face à l’Argentine n’a pas été un modèle de perfection mais nous avons gagné. Nous avons réussi à durcir le jeu en jouant un peu. Désormais, il faut garder cette rigueur en jouant plus. Si nous avions perdu 4 essais à 3, les mêmes critiques nous auraient reprochés d’avoir trop joué. L’important reste de savoir où nous en sommes dans notre projet et comment nous pouvons situer nos joueurs. Nous avons un objectif samedi mais il y a aussi la construction de l’équipe pour les échéances à venir. Les gens ont du mal à comprendre que nous ne changeons pas notre façon de jouer en fonction de l’adversaire. Nous avons une forme de jeu que nous voulons mettre en place avec une capacité d’adaptation liée à l’adversaire, aux conditions extérieures … Nous voulons que les joueurs soient capables d’être acteur et de décider de la façon dont ils vont jouer. 

La règle expérimentale concernant la mêlée a-t-elle permis au troisième ligne centre de redevenir une vraie rampe de lancement offensive ? 

Didier RETIERE : La mêlée en générale a retrouvé ses lettres de noblesse. On revoit des 89, on repose les problèmes de défense autour de la mêlée, on revoit l’importance des mêlées orientées. Le combat dans ce secteur est redevenu important. Après, nous avons un futur très grand numéro huit : Louis Picamoles. Nous avons rarement eu en équipe de France, un 8 capable de remonter 50 mètres au milieu d’une défense. Depuis Marc Cécillion et Laurent Rodriguez, nous n’avions plus de tempérament comme le sien. Il dégage une vraie puissance et sa marge de progression est encore très grande. La nouvelle règle sur la mêlée lui permet aussi d’exprimer son potentiel. La mêlée n’est pas morte ! 

Pour votre plus grand plaisir ? 

Didier RETIERE : C’est vrai que je trouve que c’est une phase de jeu passionnante. J’aime beaucoup cette notion de force intelligente et collective. C’est l’un des plus grands moments de cohésion d’une équipe. La sensation est inexplicable, celle de ne faire qu’un … il faut en avoir joué pour comprendre. 



Crédit photo : FFR/IPicarel