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Date de publication : 05 Novembre 2008

« Je vis pour les relations humaines »

Gonzalo QUESADA intervient auprès des joueurs de l’équipe de France comme spécialiste du jeu au pied. A quelques jours d’affronter les Pumas, l’ancien ouvreur argentin nous parle de cette première rencontre de la tournée d'automne forcément un peu particulière.
Ce match France – Argentine est un peu particulier pour vous … 

Gonzalo QUESADA : Quand j’ai été confirmé sur ce poste en avril, nous en avons discuté avec Marc Lièvremont. C’est certain que c’est tout sauf évident. Je vais accomplir ma mission au maximum de mes possibilités. Je suis avec les joueurs en début de semaine et je vais me mettre en retrait à l’approche du match. Ca fait quinze jours que l’on me chambre de tous les côtés. Les Argentins du Stade français n’arrêtent pas et les Français aussi. Je pense que les gens comprennent ma situation et j’ai le respect des entraîneurs qui ne viennent pas me poser des questions sur les Argentins, sur leur jeu, … Au niveau stratégie générale, je ne participe pas à la mise en place du jeu. Je suis uniquement là pour aider individuellement les buteurs et les joueurs dans la stratégie générale du jeu au pied. 

Comment s’est déroulée la prise contact ? 

Gonzalo QUESADA : Emile Ntamack est venu me voir à la fin de l’année dernière. A cette époque, j’étais partant pour rentrer en Argentine. Je n’ai pas dit non mais j’ai un peu botté en touche. En mars dernier, nous avons repris contact parce que j’ai décidé de rester vivre à Paris. J’ai préparé un dossier que j’ai présenté aux entraîneurs. Début mai, ils m’ont confirmé que j’étais retenu pour cette mission et que je partais avec l’équipe de France en Australie pour la tournée d’été. 

Comment vous est venue l’idée de devenir spécialiste du jeu au pied ? 

Gonzalo QUESADA : J’ai aidé petit à petit Juan Martin Hernandez. Au début, c’était plus par amitié et je n’avais vraiment pas conscience que je pourrais en faire un métier surtout pour une équipe nationale. Quand on réfléchit bien, c’est un aspect très technique sans la dimension émotionnelle ou stratégique en général. Je ne suis pas entraîneur ou entraîneur adjoint mais plutôt un intervenant. J’axe mon travail sur la biomécanique et technique lié de la préparation mentale pour améliorer le jeu au pied. Je suis fier de savoir que la France, avec son histoire rugbystique, pense à moi pour apporter quelque chose. J’ai une histoire particulière avec votre pays. Depuis que j’ai 24 ans, je joue en France, j’ai fait le tour des clubs avec une carrière qui n’a pas été ridicule. J’ai une relation particulière avec la France même si je ne triche pas parce que je reste Argentin, le maillot des Pumas m’a fait vivre des moments exceptionnels. Je ne mélange pas les choses, je suis là pour travailler avec le XV de France mais je n’ai pas la double nationalité, je fais toujours la queue dans la file Hors Union Européenne dans les aéroports (rires) … Je vis pour les rencontres et les relations humaines. Je ne connaissais pas les entraîneurs et je ne suis pas rentré par amitié. J’ai connu Marc, Didier et Emile au fur et à mesure de nos échanges. J’ai un plaisir énorme à les connaître et à échanger avec eux. Ce sont des gens avec un état d’esprit excellent. Ce mélange de profil bas et de travail, ça me convient totalement. 

Est-une forme de reconnaissance du rugby argentin ? 

Gonzalo QUESADA : Nous sommes un pays avec une culture footballistique. Des plus basses couches sociales aux plus hautes, le football est omniprésent. Cette marque génétique rejaillit sur le rugby argentin. Culturellement, nous l’avons dans notre jeu plus que les autres nations. Maintenant, ce n’est pas parce qu’un Argentin vient aider une nation que par miracle, le jeu au pied va se transformer. 

Sur quoi insistez-vous dans votre travail auprès des joueurs français ? 

Gonzalo QUESADA : Il n’y a pas une technique unique comme on peut l’avoir dans le golf, le tennis ou le tir à l’arc. Il faut donc identifier la technique du joueur. Il existe des bases biomécaniques qui font que, selon des facteurs de mouvement, de déplacement du corps et de technique, le ballon sera bien frappé. Ensuite, nous travaillons sur la préparation mentale et sur la création de routine pour le match. La technique est intéressante lors des entraînements où l’on peut passer du temps. Ensuite, il faut transformer cela en imagerie mentale pour qu’en match, le joueur puisse tout de suite se repérer dans une situation et qu’il sache quoi faire. Ce n’est pas pendant une rencontre que l’on doit réfléchir. Les sensations doivent être automatiques. Le travail se fait pendant la saison et les réglages sur des détails se font lors des rassemblements de l’équipe de France. Pendant la saison, je vais voir les joueurs dans les clubs. Nous travaillons pendant une journée sur des montages vidéo de ces gestes qui nous servent de base de travail. Le principal reste que le joueur trouve sa propre méthode d’entraînement et qu’il la construise à travers ses sensations. 


Crédit photo : FFR/IPicarel