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Date de publication : 26 Septembre 2008

« Chacun amène sa pierre à l’édifice »

Louis ARMARY (46 sélections) et Jean-Pierre GARUET (42 sélections), figures emblématiques de la 1ère ligne française, amènent leur expérience au sein de l’Académie Nationale des Premières lignes
Après plus d’un an de mise en place du projet, vous entrez enfin dans la phase concrète … 

Louis ARMARY : C’est certain que nous avions envie de passer à du concret. De la construction du DVD qui servira de contenu de formation, aux tests du joug qui permettront d’évaluer le travail des jeunes. Nous avons réussi à faire le tour de pas mal de chose en mettant particulièrement l’accent sur la sécurité du joueur. Tout cela doit permettre de redonner le goût à nos jeunes de venir sur ces postes là et de revaloriser le poste de 1ère ligne. 

Jean-Pierre GARUET : Oui, c’est clair ! Il y a forcément un écart entre ce que l’on peut conceptualiser dans un bureau et la réalité du terrain. Les premiers tests sur les jougs sont instructifs. Nous allons pouvoir faire évoluer la formation des premières lignes et le jeu en sécurité. Aujourd’hui, nous passons à côté de jeunes de qualité par manque d’accompagnement. 

Ces avancées correspondent-elles à l’idée que Didier Retière vous avait exposee lors de la création de l’Académie des 1ères lignes ? 

Louis ARMARY : Quand nous sommes arrivés la première fois, nous étions en position d’attente et d’écoute. Aujourd’hui, nous voyons la progression et l’évolution de tout le travail que nous avons fait. C’est le bout du tunnel parce que les deux jours de réunion de l’Académie Nationale ont permis de mettre en place pas mal de choses au niveau des contenus de formation, du gainage, des postures, du travail de pousser, le tout en sécurité. 

Jean-Pierre GARUET : Nous étions malheureux, nous joueurs de première ligne, d’avoir été mis sur le côté de la route alors que nous représentions une certaine tradition des hommes forts. Je pensais que nous allions dans le mur alors que nous avions de la fierté quand nous voyions le pack français avancer, nous étions craints par toutes les équipes du monde. Didier Retière nous a permis de revenir sur le devant de la scène et surtout il a permis à la mêlée française de retrouver ses lettres de noblesse. Aujourd’hui, le petit gros retrouve sa place dans les équipes, on retrouve l’intérêt d’utiliser ses qualités et nous le faisons travailler pour tirer le meilleur de lui. Merci à Didier pour le rugby français ! 



La richesse des échanges vient aussi de la composition de l’Académie Nationale … 

Louis ARMARY : Complètement, entre le médical, les arbitres, les anciens internationaux, les entraîneurs nationaux, nous pouvons balayer tous les aspects du poste. Cela permet d’amener de l’expérience et du vécu pour tendre vers un unique but. Personnellement, avec Jean-Pierre Garuet, nous pouvons amener notre expérience concernant des détails de verrouillage, de positionnement que seul un joueur de première ligne peut connaître ou ressentir. Chacun amène sa pierre à l’édifice et nous avons construit un beau projet. 

Jean-Pierre GARUET : C’est extraordinaire ! Tout est lié quand on parle du rugby. Il faut être lié avec les médecins pour garantir le maximum de sécurité à nos joueurs et pour améliorer la qualité de nos préparations physiques. C’est un accompagnement important que d’ailleurs j’aurais bien aimé connaître à l’époque où je jouais. 



Vous auriez aimé pouvoir bénéficier d’un tel projet à votre époque ? 

Louis ARMARY : Bien entendu ! A l’époque, nous n’avions pas de formation spécifique sur ces postes. J’ai commencé le rugby à 17 ans, j’ai fait deux ou trois matches en deuxième ligne pour rentrer dans le vif du sujet et puis ensuite, j’ai joué à droite ou à gauche ! Les sensations sont venues avec l’expérience et puis avec la transmission orale des anciens qui nous montraient des subtilités. Aujourd’hui, l’Académie Nationale est présente pour amener un plus, pour pouvoir travailler sur les postes pilier gauche, droit, talonneur, les liaisons, les attitudes à l’impact. 

Jean-Pierre GARUET : Comme Louis, j’ai joué en première ligne à partir de 20 ans. C’est toujours la même histoire, en cadet, il manque un pilier, tu es un peu costaud donc c’est toi qui joue à ce poste alors que je me préparais pour la troisième ligne. Par la suite, on m’a fait comprendre que mon avenir serait au poste de pilier et ils avaient bien raison. 

Cela permet de revaloriser une première ligne qui n’était plus forcément dans la lumière ? 

Louis ARMARY : C’est vrai que ce ne sont pas les postes les plus convoités mais ce sont des postes indispensables et les très bons joueurs à ces postes se font de plus en plus rares. 

Jean-Pierre GARUET : Avec l’arrivée du professionnalisme, les piliers se sont retrouvés à l’écart parce que la tendance était à la standardisation des athlètes. Tout d’un coup, la mêlée n’avait plus d’importance, c’était un lancement de jeu comme un autre. Pour nous, c’est important d’avoir intégré ce projet et d’avoir fait appel à notre vécu pour redonner de la lumière sur ces postes si importants. C’est extraordinaire que la Fédération se penche sur ce sujet. Il faut reprendre le devant sur la formation des joueurs de première ligne, depuis la base avec des jeunes, en leur donnant envie de jouer dans la mêlée. Le rugby ne se pratique plus comme celui de ma génération. Les gens qui jouent en première ligne font partie d’une élite et il faut les valoriser. 


Crédit photo : FFR/IPicarel