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Date de publication : 15 Octobre 2007

« Les premiers moyens, ce sont les hommes »

Bernard LAPASSET, Président de la FFR et du Comité d’Organisation de la Coupe du monde, dresse le premier bilan après l’élimination de la France en demi-finale et dévoile les lignes directrices qui mèneront à la nomination du futur sélectionneur tricolore.

Quel est votre sentiment après la défaite de la France ? 

Bernard LAPASSET : C'est sûr que c'est un arrêt par rapport à l’objectif que nous nous étions fixés tous ensemble, nous voulions gagner cette Coupe du monde. Je suis fier de cette équipe parce que tous les joueurs et l’encadrement ont fait des choses extraordinaires pendant la préparation de la Coupe du monde et il faut avoir du respect et de l'amitié pour tous ceux qui se sont livrés pendant ce Mondial. Le parcours n'a pas été simple, le projet a été extraordinairement complexe à monter et tout le monde a répondu présent. Ce n’est pas l’heure de faire la fine bouche. Nous avons perdu, bien sûr que nous sommes malheureux mais je ne suis pas furieux du tout. Cela tient à tellement peu de choses qu’il ne faut pas chercher à trouver des raisons là où il n’y en a pas. 

Pourtant après la victoire contre la Nouvelle-Zélande, on pouvait espérer … 

Bernard LAPASSET : Contre les All Blacks samedi dernier, c'était extraordinaire, tellement parfait, tellement fort. Nous n’avons pas eu la même réussite, nous avons essayé de jouer différemment mais il n’y a jamais eu le même timing. Nous n’avons jamais eu le sentiment de la chose aboutie. Ce n’était pas le même match, le même adversaire. Le match de samedi ne remet en cause ni les hommes, ni la façon de jouer, ni l'engagement de chacun. Quelque chose de fort s'est passé pendant cette Coupe du monde. Nous avons fait la plus forte préparation du rugby français depuis que nous sommes professionnels. On y a mis beaucoup d'ardeur, d'envie et de conviction et on termine seulement sur dix minutes durant lesquelles on a vu un joueur rayonner sur un terrain, faisant des choses que lui seul sait faire. Wilkinson fait des choses extraordinaires, sur tous les compartiments du jeu, il sait se mettre en retrait, alterner du côté gauche et du côté droit, jouer au pied ou à la main. Bref, il a montré la qualité de son talent et quand un joueur comme cela prend les clés du match, il n’y a qu’à s’incliner. Chapeau, bravo, l'Angleterre a mérité sa victoire. Pour nous, c’est une déception profonde mais il y aura d’autres rendez-vous pour le rugby français et il nous reste encore des moments forts à vivre. 

D’autant que le soutien du public et la ferveur populaire sont au rendez-vous de cette Coupe du monde … 

Bernard LAPASSET : Il y a tellement de gens qui se sont portés au soutien de cette équipe de France que je tiens à remercier le public, les partenaires, les bénévoles qui ont permis de faire de cette Coupe du monde une très belle fête. Je n’ai jamais vu un public communier aussi fort avec son équipe, surtout lors d’une défaite. 95% de remplissage dans les stades, ce n'est pas rien, quelque soit le match ou l’affiche. Je voudrais aussi dire que le plus bel exploit de ce Mondial a été réalisé par l'équipe de France. On attend toujours quelque chose d'une telle compétition. Je me rappelle qu'en 1995, c'était Jonah Lomu qui avait été le joueur de la Coupe du monde. Cette année, je n'ai pas trouvé de joueur extraordinairement au-dessus du lot. Le plus gros exploit, c'était l’équipe de France qui l’a crée samedi dernier à Cardiff. 

Quand allez-vous annoncer la nomination du nouveau sélectionneur ?

Bernard LAPASSET : Un entraîneur, ça ne se choisit pas au hasard. Il faut qu'on arrête cette tombola permanente, on a l'impression que c'est un tirage au sort. Etre entraîneur de l'équipe de France, c'est un choix, c'est un projet. D’abord, je voudrais rendre hommage à Bernard Laporte parce que nous sommes passés en huit ans, d’un rugby qui avait beaucoup de chose à prouver, à un rugby qui se fait respecter dans le monde entier. C’est pour cela que je l’avais pris et pour cela que j’avais renouvelé son contrat. Le prochain entraîneur aura un nouveau profil. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait au hasard, une nomination, ça se construit, ça s'analyse. Il faut donc avoir deux approches. La première, c'est de respecter la Coupe du monde. Il y aura un champion du monde le 20 octobre et il faut attendre que la compétition se termine. Nous le devons à tous ceux qui se sont engagés dans ce merveilleux évènement. On n'a pas besoin de faire du franco-français pendant cette période et il faut donner la meilleure image qui soit de notre engagement. Le deuxième élément, c'est que la décision sera partagée avec Bernard Laporte mais aussi d’autres, des joueurs. Nous sommes quelques-uns, pas nombreux, à pouvoir répondre à cette question avec nos différentes expériences. Nous évoquerons en bureau fédéral la personne ou le groupe de personnes qui succèderont à cette équipe. Il n’y a pas d’homme providentiel dans le rugby. Dans les quinze jours qui suivent la Coupe du monde, nous annoncerons le nouvel entraîneur ou la nouvelle équipe d’entraîneurs de l'équipe de France.

Au regard de cette défaite, quels moyens pouvez-vous apporter de plus à l’équipe de France et à son futur entraîneur ?

Bernard LAPASSET : Les premiers moyens, ce sont les hommes qui sont sur le terrain et ce que le rugby français se donnera comme chance de réussite. Nous verrons ce que feront les anciens de l'équipe après la Coupe du monde car c’est une partie du matériel humain, la première matière forte de ce qui constituera le groupe de l'équipe de France pour les quatre prochaines années. Au niveau des moyens, bien sur que nous allons évoluer. Depuis 1991 et mon arrivée à la présidence de la FFR, les moyens mis en place sont extraordinairement forts. Nous sommes l'une des nations qui a construit le plus d'investissements autour de l'équipe de France. Nous allons progresser pour être encore meilleurs. Nous ne sommes pas champions du monde, c'est un problème qu'il va falloir évoquer avec les futurs entraîneurs pour savoir comment bâtir une équipe, un projet, un environnement, des moyens pour enfin pouvoir gagner ce titre qui nous manque cruellement. Chacun doit avoir sa propre part à jouer pour amener le rugby français encore plus loin dans la hiérarchie.