« Le vrai travail commence »
Alain DOUCET, Secrétaire Général de la FFR, nous explique les dispositions prises par la Fédération pour accompagner l’explosion du nombre de licenciés sous l’effet de la Coupe du monde.
Quels sont les premiers retours que vous avez au niveau de la hausse du nombre de licenciés ?
Alain DOUCET : Nous avons lancé un grand sondage dans l’ensemble de nos Comités Territoriaux et pour le moment, c’est vrai que nous faisons face à un afflux de licenciés, surtout au niveau du rugby éducatif (NDRL : moins de 15 ans), à tel point que nous commençons à nous inquiéter de ce nombre considérable parce que nous ne voulons pas faire qu’accueillir des gamins, nous voulons les conserver. Nous avons anticipé des nombreuses choses avec nos écoles de rugby, nos clubs. Tous ont fait des efforts admirables mais nous devons encore y retravailler. Par exemple, le club de Nîmes compte à ce jour 257 licenciés en rugby éducatif dont 85 poussins. C’est considérable et c’est à l’image du tsunami qui s’abat sur nous. Nous sommes en train de réfléchir sur la manière de sortir du champ traditionnel des compétitions parce que cela va créer des soucis dans les écoles de rugby qui sont tournées vers la compétition et au final nous perdons des gamins. Nous réunissons le 18 octobre une inter-commission entre la DTN, la Commission Ecole de Rugby, des présidents de Comités Départementaux, Territoriaux, les services médicaux. Nous allons discuter sur des ateliers de réflexion d’aménagement de nos structures, de nos encadrements … Il faut sortir de ces discussions des idées novatrices que nous enverrons dans les clubs pour les aider à accueillir ces nouveaux licenciés et pour en tirer le meilleur parti pour notre discipline.
Concrètement, quelles sont ces augmentations ?
Alain DOUCET : De date à date, c'est-à-dire de septembre 2006 à septembre 2007, nous avons des augmentations de 25% en Côté d’Azur, 40% dans les Flandres et le Languedoc, 27% dans le Poitou-Charentes ou 50% en Corse. Ces chiffres ne concernent que le rugby éducatif. Il y a beaucoup de frémissement chez les seniors mais nous attendons encore un peu pour pouvoir donner des chiffres définitifs parce que cette semaine, nous venons d’affilier sept nouveaux clubs, cela bouge très vite. Maintenant, le vrai travail commence, nous avons fait venir des gens, il faut les garder ! Il faut gérer cet afflux de gamins sans les décevoir parce que nous ne les reverrons jamais. Nous devons être pertinents et nous devons accepter de réfléchir sur notre pratique et son évolution. Plus que jamais, la compétition doit être seconde dans le rugby éducatif. Il faut de la compétition parce que cela fait avancer les gens mais elle doit être adaptée à une autre forme de pratique loisir.
La dualité Compétition / Loisir a toujours été le frein à l’expansion du rugby ?
Alain DOUCET : Notre joyau, ce sont les compétitions fédérales que nous organisons depuis des dizaines d’années. Mais le rugby doit exister sous d’autres formes. Nous allons rencontrer notre homologue de la Fédération Française du Sport d’Entreprise. Nous allons développer la pratique Beach Rugby, Touch Rugby. Nous avons créé une Commission pour exploiter la situation fabuleuse que nous sommes en train de vivre.
Vous avez tiré la sonnette d’alarme en début de saison sur la sécurité et malheureusement, votre avertissement s’est vérifié …
Alain DOUCET : Nous avons eu trois accidents sur des matches amicaux dont un sur un trajet où le pauvre gamin se fait renverser en rentrant chez lui par un chauffard. Il est pris en compte dans nos statistiques car nous n’avons pas l’habitude de laisser nos licenciés à l’abandon. Malheureusement, nous avons appris le décès d’un jeune joueur du club de Chauray … C’est dramatique, nous sommes en train de nous battre pour des couleurs de maillot alors qu’un gosse de 25 ans meurt sur un terrain. Nous sommes en train de relancer la sécurité dans le jeu. Nous sommes en train de travailler sur des statistiques et nous constatons que, sur les 6 dernières années, 50% des accidents ont lieu en septembre. Ce sont en majorité des premières lignes et les accidents se déroulent souvent pendant des matches amicaux. Le Bureau Fédéral et la DTN vont travailler sur ce phénomène. Nous nous interrogeons pourquoi à ce moment là ? Nous allons réfléchir et nous prendrons des dispositions dans l’avenir.
N’allez-vous pas devoir imposer un changement radical dans le jeu ?
Alain DOUCET : Il y a deux manières de voir la chose. Soit on veut aller vers le 0 accident et nous allons devoir aseptiser totalement le jeu, à commencer par la suppression de la mêlée et nous le paierons avec le départ d’un grand nombre de nos licenciés et au plus haut niveau avec un manque de premières lignes de qualité. Il faut trouver autre chose ! Ce n’est pas parce que nous allons supprimer des choses que les accidents disparaîtront. Aujourd’hui, chacun doit prendre conscience que la sécurité doit être au cœur des préoccupations. Le joug pour le travail de la mêlée, ne doit plus servir de porte manteau … Il faut mêler de paire le travail technique et sécuritaire. Nous avons créé l’académie des premières lignes, nous sommes conscients de la gravité des accidents. Maintenant, nous ne pourrons jamais éviter le risque 0 et cela n’est pas propre au rugby. Chaque sport est touché par ce phénomène, il est inhérent à la pratique. Nous ne pouvons pas nous voiler la face, l’accident fait partie du jeu. Lorsque nous avons lancé la première alerte en 2001, nous avons failli atteindre l’objectif 0 accident parce que tout le monde était concentré, sensibilisé, attentif. Nous avons un travail d’éducation, de prévention, de préparation technique à mener. Il y a des adaptations réglementaires mais nous ne pouvons pas aller beaucoup plus loin dans la pratique en compétition.
Le jour de la finale de la Coupe du monde, la FFR organise dans chaque comité départemental une journée spéciale …
Alain DOUCET : Bernard Lapasset et moi-même avons eu le désir d’organiser dans chaque comité départemental, une journée pour accueillir tous les gens intéressés par la vie d’un club, pour devenir éducateur, dirigeant, arbitre ou joueur. Chaque Comité Départemental doit s’ouvrir pour montrer ce qu’est notre sport. Ils vont rencontrer les cadres techniques, les élus du comité, des arbitres. Toute la famille du rugby sera présente. Pour moi, c’est un aboutissement logique de ce qu’on connaît avec la Coupe du monde. Nous avons éveillé, avec la vitrine internationale, une curiosité sur le rugby et nous devons leur montrer comment fonctionne notre rugby le plus profond qui a aussi ses richesses, ses valeurs et ses charmes. Les clubs de rugby sont reconnus par leur chaleur humaine, par l’entraide, la fraternité. Tout ce qui a été montré lors de la Coupe du monde existe au plus petit niveau de nos clubs.
Alain DOUCET : Nous avons lancé un grand sondage dans l’ensemble de nos Comités Territoriaux et pour le moment, c’est vrai que nous faisons face à un afflux de licenciés, surtout au niveau du rugby éducatif (NDRL : moins de 15 ans), à tel point que nous commençons à nous inquiéter de ce nombre considérable parce que nous ne voulons pas faire qu’accueillir des gamins, nous voulons les conserver. Nous avons anticipé des nombreuses choses avec nos écoles de rugby, nos clubs. Tous ont fait des efforts admirables mais nous devons encore y retravailler. Par exemple, le club de Nîmes compte à ce jour 257 licenciés en rugby éducatif dont 85 poussins. C’est considérable et c’est à l’image du tsunami qui s’abat sur nous. Nous sommes en train de réfléchir sur la manière de sortir du champ traditionnel des compétitions parce que cela va créer des soucis dans les écoles de rugby qui sont tournées vers la compétition et au final nous perdons des gamins. Nous réunissons le 18 octobre une inter-commission entre la DTN, la Commission Ecole de Rugby, des présidents de Comités Départementaux, Territoriaux, les services médicaux. Nous allons discuter sur des ateliers de réflexion d’aménagement de nos structures, de nos encadrements … Il faut sortir de ces discussions des idées novatrices que nous enverrons dans les clubs pour les aider à accueillir ces nouveaux licenciés et pour en tirer le meilleur parti pour notre discipline.
Concrètement, quelles sont ces augmentations ?
Alain DOUCET : De date à date, c'est-à-dire de septembre 2006 à septembre 2007, nous avons des augmentations de 25% en Côté d’Azur, 40% dans les Flandres et le Languedoc, 27% dans le Poitou-Charentes ou 50% en Corse. Ces chiffres ne concernent que le rugby éducatif. Il y a beaucoup de frémissement chez les seniors mais nous attendons encore un peu pour pouvoir donner des chiffres définitifs parce que cette semaine, nous venons d’affilier sept nouveaux clubs, cela bouge très vite. Maintenant, le vrai travail commence, nous avons fait venir des gens, il faut les garder ! Il faut gérer cet afflux de gamins sans les décevoir parce que nous ne les reverrons jamais. Nous devons être pertinents et nous devons accepter de réfléchir sur notre pratique et son évolution. Plus que jamais, la compétition doit être seconde dans le rugby éducatif. Il faut de la compétition parce que cela fait avancer les gens mais elle doit être adaptée à une autre forme de pratique loisir.
La dualité Compétition / Loisir a toujours été le frein à l’expansion du rugby ?
Alain DOUCET : Notre joyau, ce sont les compétitions fédérales que nous organisons depuis des dizaines d’années. Mais le rugby doit exister sous d’autres formes. Nous allons rencontrer notre homologue de la Fédération Française du Sport d’Entreprise. Nous allons développer la pratique Beach Rugby, Touch Rugby. Nous avons créé une Commission pour exploiter la situation fabuleuse que nous sommes en train de vivre.
Vous avez tiré la sonnette d’alarme en début de saison sur la sécurité et malheureusement, votre avertissement s’est vérifié …
Alain DOUCET : Nous avons eu trois accidents sur des matches amicaux dont un sur un trajet où le pauvre gamin se fait renverser en rentrant chez lui par un chauffard. Il est pris en compte dans nos statistiques car nous n’avons pas l’habitude de laisser nos licenciés à l’abandon. Malheureusement, nous avons appris le décès d’un jeune joueur du club de Chauray … C’est dramatique, nous sommes en train de nous battre pour des couleurs de maillot alors qu’un gosse de 25 ans meurt sur un terrain. Nous sommes en train de relancer la sécurité dans le jeu. Nous sommes en train de travailler sur des statistiques et nous constatons que, sur les 6 dernières années, 50% des accidents ont lieu en septembre. Ce sont en majorité des premières lignes et les accidents se déroulent souvent pendant des matches amicaux. Le Bureau Fédéral et la DTN vont travailler sur ce phénomène. Nous nous interrogeons pourquoi à ce moment là ? Nous allons réfléchir et nous prendrons des dispositions dans l’avenir.
N’allez-vous pas devoir imposer un changement radical dans le jeu ?
Alain DOUCET : Il y a deux manières de voir la chose. Soit on veut aller vers le 0 accident et nous allons devoir aseptiser totalement le jeu, à commencer par la suppression de la mêlée et nous le paierons avec le départ d’un grand nombre de nos licenciés et au plus haut niveau avec un manque de premières lignes de qualité. Il faut trouver autre chose ! Ce n’est pas parce que nous allons supprimer des choses que les accidents disparaîtront. Aujourd’hui, chacun doit prendre conscience que la sécurité doit être au cœur des préoccupations. Le joug pour le travail de la mêlée, ne doit plus servir de porte manteau … Il faut mêler de paire le travail technique et sécuritaire. Nous avons créé l’académie des premières lignes, nous sommes conscients de la gravité des accidents. Maintenant, nous ne pourrons jamais éviter le risque 0 et cela n’est pas propre au rugby. Chaque sport est touché par ce phénomène, il est inhérent à la pratique. Nous ne pouvons pas nous voiler la face, l’accident fait partie du jeu. Lorsque nous avons lancé la première alerte en 2001, nous avons failli atteindre l’objectif 0 accident parce que tout le monde était concentré, sensibilisé, attentif. Nous avons un travail d’éducation, de prévention, de préparation technique à mener. Il y a des adaptations réglementaires mais nous ne pouvons pas aller beaucoup plus loin dans la pratique en compétition.
Le jour de la finale de la Coupe du monde, la FFR organise dans chaque comité départemental une journée spéciale …
Alain DOUCET : Bernard Lapasset et moi-même avons eu le désir d’organiser dans chaque comité départemental, une journée pour accueillir tous les gens intéressés par la vie d’un club, pour devenir éducateur, dirigeant, arbitre ou joueur. Chaque Comité Départemental doit s’ouvrir pour montrer ce qu’est notre sport. Ils vont rencontrer les cadres techniques, les élus du comité, des arbitres. Toute la famille du rugby sera présente. Pour moi, c’est un aboutissement logique de ce qu’on connaît avec la Coupe du monde. Nous avons éveillé, avec la vitrine internationale, une curiosité sur le rugby et nous devons leur montrer comment fonctionne notre rugby le plus profond qui a aussi ses richesses, ses valeurs et ses charmes. Les clubs de rugby sont reconnus par leur chaleur humaine, par l’entraide, la fraternité. Tout ce qui a été montré lors de la Coupe du monde existe au plus petit niveau de nos clubs.











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