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Date de publication : 09 Mars 2007

« Je sais ce que ce match représente »

Raphaël IBANEZ, capitaine de l’équipe de France, nous parle de sa vision du « Crunch » entre la France et l’Angleterre

Ce choc aurait pu être aussi celui de deux capitaines, qui jouent ensemble en club mais …

Raphaël IBANEZ : Ce match était un objectif pour Phil Vickery et moi (NDRL : Le capitaine anglais a déclaré forfait après une perte de connaissance lors d'un match avec les London Wasps). On se frotte tout au long de la semaine avec les Wasps et même sans l’avoir vraiment évoqué ensemble, nous avions parlé de l’idée de nous retrouver à Twickenham, l’un contre l’autre. Je lui avais demandé dans le vestiaire ce que je devais dire à mes coéquipiers et il m’avait dit qu’il serait là. C’est dommage pour lui surtout parce que cela va le priver d’un grand match international. Maintenant, que ce soit Vickery ou White, ce sera du costaud avec de grosses qualités. L’affrontement n’en sera pas moindre !

Quel est votre avis sur l’Angleterre, que beaucoup juge diminuée ?

Raphaël IBANEZ : Je m’interdis de dire qu’elle est diminuée parce que si on prend les joueurs un par un, ils sont tous pétris de qualité. Evidement que la sélection annoncée est très différente de celle qui a perdue à Croke Park, mais elle n’est pas diminuée. C’est trop dangereux de dire cela. Je les côtoie tous les jours et je peux vous assurer que ce sont tous de très bons joueurs. On peut penser qu’ils manqueront de cohésion et de maîtrise collective mais ces joueurs arrivent avec un esprit libéré et survolté. Tu es toujours insouciant lors de ta première sélection et tu tentes des choses pour ne pas décevoir. Après, diminués, inexpérimentés, les Anglais jouent contre la France et ça pour eux, c’est la plus grande source de motivation ! Je ne me fais pas d’illusions sur le niveau d’engagement auquel nous serons confrontés.

Les Anglais ont-ils la capacité de réagir sur un match ?

Raphaël IBANEZ : Je pense qu’ils ont démontré par le passé qu’ils ont la capacité à jouer de gros matches dans la difficulté mais contrairement à nous, je ne sais pas s’ils sont capables de réagir d’un coup sur un match comme a pu le faire le XV de France par le passé. Ils travaillent dans la continuité mais je ne m’inquiète pas pour eux parce qu’il n’est jamais trop tard. On les sent en reconstruction, à la recherche d’un équilibre entre le traditionnel engagement physique et une volonté de créativité. Le fait que Brian Ashton ait été nommé sélectionneur montre que les Anglais veulent produire du jeu et pour en avoir parlé avec certains joueurs, ils ne sont pas abattus. Ils suivent une voie avec conviction contre vents et marées. Ca peut être de l’aveuglement à certains moments mais c’est aussi une remarquable force de caractère.

Pourquoi avez-vous choisi l’Angleterre ?

Raphaël IBANEZ : Pour moi, cela n’a pas été facile de quitter une région que l’on connaît et que l’on aime pour retrouver un pays avec une langue et une culture différente. Je crois qu’un des aspects positifs, c’est que ce changement m’a permis d’avoir une nouvelle ouverture d’esprit sur les gens, sur une autre façon de vivre. Au niveau rugby, j’étais aussi curieux, parce que je voulais savoir après 2003, quels éléments leur avaient permis de devenir champion du monde, notamment aux dépens de l’équipe de France. A ce moment là, ma déception était immense et j’ai voulu voir ça de près. J’ai découvert un état d’esprit extraordinaire avec des joueurs dont l’engagement physique et mental est total. Ce sont de gros compétiteurs qui sont capables de pousser très loin l’exigence et les entraînements. Dans un club comme les Wasps, la barre est très haute et il faut s’entraîner dur pour exister. A partir du moment où j’ai retrouvé de l’énergie, cela m’a permis de construire mon retour en équipe de France et de retrouver la motivation nécessaire pour rejouer à ce très haut niveau.

Qu’est-ce qui vous a posé le plus de problème au niveau de l’adaptation ?

Raphaël IBANEZ : C’est vrai que l’adaptation à l’alimentation a été compliquée mais ça passe vite. J’aime bien rouler à gauche, je trouve ça amusant surtout que je fais peur à tout le monde. J’ai pris beaucoup de coup de klaxons mais je m’y fais. Plus sérieusement, il faut trouver ses habitudes et prendre ses marques petit à petit. Le plus difficile, c’est peut être l’hiver avec quatre mois où tu ne vois pas souvent la lumière du jour ! C’est surprenant parce qu’en décembre à 15h00, il fait nuit ! Il faut s’adapter mais cela renforce les liens familiaux (rires), tu passes du temps en famille !

Revenons au XV de France, quelle est l’importance de ce match face aux Anglais ?

Raphaël IBANEZ : Nous allons savoir si nous avons une équipe de Grand Chelem, une équipe capable de se dépasser dans les moments critiques. C’est toujours spécial, hors norme de réussir un Grand Chelem. Je crois que l’équipe de France ne mesure pas encore réellement son potentiel. Nous avons encore plus à donner et nous devons être plus exigeants avec nous même. Tout n’est pas parfait rugbystiquement parlant mais, nous compensons avec une force de caractère qui fait que nous sommes une équipe tout terrain. Nous arrivons à nous adapter à toutes les situations et c’est pour cela que ce match à Twickenham sera intéressant. Nous devons réaliser un match accompli, c’est le dernier pallier qui nous reste à franchir.

Est-ce que votre expérience anglaise vous a appris l’importance de ce match pour les Anglais ?

Raphaël IBANEZ : J’ai la chance de vivre au quotidien avec eux et ce match, contre nous, arrive à point nommé pour eux. Ils veulent relever la tête et s’ils peuvent le faire contre nous, ils ne s’en priveront pas. Il ne faut surtout pas banalisé un Angleterre – France ! Je ne veux pas le voir comme ça. C’est toujours exceptionnel de jouer ce genre de rencontre.

Qu’est-ce qui a changé depuis la tournée d’automne ?

Raphaël IBANEZ : Nous avons recommencé à gagner des matches et c’est le plus important. Nous avons bien débuté le Tournoi et ce n’était pas gagné d’avance avec deux déplacements compliqués. Nous nous construisons avec de la confiance mais tout est très fragile. Aujourd’hui, nous tenons quelque chose dans ce groupe et nous devons nous battre pour le préserver. Pour nous rappeler à l’ordre, il nous suffit de regarder les tests de novembre et tout est dit.

Quand vous dîtes, nous tenons quelque chose, qu’est-ce que c’est ?

Raphaël IBANEZ : C’est dur à expliquer mais c’est une forme de complicité qui se construit, de sérénité dans les moments difficiles. En Irlande et contre le Pays de Galles, nous avons des situations, où par le passé, nous aurions certainement pris la marée. C’est encourageant et c’est cet ensemble que nous devons préserver. Je me rappelle de la dernière touche face à l’Argentine, à cinq mètres de la ligne, qui est gagnée par Lionel Nallet. Ce sont des signes qui construisent une équipe même si le chemin est encore long. Nous nous sommes imposés une forme d’exigence depuis novembre. Nous avons eu plus de temps et cela se retrouve sur le terrain. Quand tu t’interdis de laisser tomber les copains, tu fais la course de plus qui peut changer une action de jeu. Quand tu sais que 18 de tes potes sont devant la télé, tu ne peux pas baisser les bras parce que tu sais la chance que tu as de porter ce maillot.

On sent depuis le début du Tournoi une volonté de s’imposer chez les cadres de l’équipe ?

Raphaël IBANEZ : C’est une volonté de l’encadrement en demandant plus d’implications des joueurs qui ont de l’expérience. Cela n’enlève rien à la passion et à l’intensité du coach (sourires). J’ai entendu qu’il avait soi-disant délégué. Aujourd’hui, il y a une différence entre demander de l’implication de la part des joueurs expérimentés et lâcher l’affaire. Il est toujours aussi intense et aussi près du jeu et des joueurs, je peux vous le garantir ! C’est certainement aussi ce qui fait que nous avons réussi un aussi bon début de Tournoi. 


Crédit photo : FFR / I.Picarel