« Etre cadre ne veut pas dire titulaire »
Christophe DOMINICI nous parle de son rôle au sein du groupe France et de la préparation des tricolores.
Après un mois de préparation, où en êtes-vous ?
Christophe DOMINICI : Ça avance. Plus nous sommes ensemble, plus les liens se créent et l’état d’esprit se renforce. Nous faisons des choses différentes et nous allons chercher les choses beaucoup plus loin physiquement donc forcément les hommes se découvrent dans l’attitude, le comportement, la difficulté. On apprend à se connaître toujours un peu plus !
Est-ce la préparation la plus difficile ?
Christophe DOMINICI : On me pose souvent cette question mais le corps est très bien fait. Quand on souffre, après on oublie. Je sais que la séance de vendredi était très dure mais j’ai oublié la souffrance physique, c’est le plus important. Maintenant, la plus difficile, je ne sais pas parce que le rugby évolue. Si nous sommes champions du monde, ce sera la plus facile. Nous utilisons les nouvelles techniques pour être de plus en plus performants. Forcément, nous faisons des exercices que nous n’avions pas l’habitude de faire. C’est surmontable puisqu’on est là.
La dimension physique prend de plus en plus de place, adhérez-vous à ce rugby moderne ?
Christophe DOMINICI : La préparation athlétique est aujourd’hui essentielle. Les Blacks, les Sud-africains ou les nations qui dominent le rugby mondial, sont au dessus physiquement. Après il y a le talent mais toutes les équipes de haut de tableau en ont. Il y a quelques années, on jouait 25 minutes de temps de jeu effectif. Aujourd’hui, nous sommes pratiquement à 40 minutes et pour la Coupe du monde, on sera vraisemblablement entre 45 et 50. Forcément la dimension athlétique est prépondérante, ce n’est pas propre au rugby mais au sport de haut niveau en général. En revanche, si je veux ouvrir la porte, c’est ma tête qui me fait avancer. J’aurai beau avoir le plus beau physique du monde, si ma tête ne me fait pas faire les pas pour l’ouvrir, ça ne sert à rien. Le corps et l’esprit sont liés.
Vous en avez pris conscience avant les autres ?
Christophe DOMINICI : Ce qu’on a fait là, ce mois et demi de préparation sans ballon, j’ai eu la chance et le privilège de le faire en début d’année avec le Stade Français. Après sur une saison, on ne peut plus avoir des plages de préparation aussi longues parce qu’il y a les blessures, la fatigue, les matchs, la pression… Là, nous sommes libérés pour pouvoir nous consacrer uniquement à la préparation athlétique sans avoir d’énergies négatives qui viennent altérer la préparation. Quand on est en compétition, c’est plus difficile parce qu’on pense au match en fin de semaine. En ce moment, le vendredi, on peut taper encore plus fort parce qu’on sait qu’on sera en week-end pour un ou deux jours. Je sais les bienfaits que cela procure parce que j’ai connu cette situation avec le club, tu vas plus vite, plus loin que les autres.
Qu’est-ce qui sera prépondérant dans cette Coupe du monde ?
Christophe DOMINICI : (réflexion) … Les ballons de récupération seront essentiels. C’est très difficile de marquer sur ses propres lancements de jeu car les défenses sont très organisées et conditionnées à défendre quand elles n’ont pas le ballon. Mais quand elles le perdent, il existe un temps de latence dans la réorganisation. Ça laisse beaucoup plus d’espace. Et ça, les Blacks l’ont compris depuis un certain temps. L’équipe qui va être capable de mettre les autres équipes à la faute en faisant des temps de jeu va poser beaucoup de problèmes. De toutes les Coupes du monde, que ce soit au foot ou au rugby, les équipes qui ont les meilleures défenses toujours gagnées. Neuf fois sur dix, les meilleures défenses sont championnes de France. Avec le Stade, nous avons eu un début de championnat offensif parce que nous étions prêts physiquement. En revanche, à la fin, avec les blessés, nous avons été cherchés le titre avec notre défense.
Est-ce que vous vous retrouvez dans ce rugby ?
Christophe DOMINICI : Contrairement à ce qu’on peut penser, je suis intransigeant sur ce secteur. C’est mon cheval de bataille. L’équipe qui ne prend pas d’essai va au bout. Les Australiens ont été champions du monde parce qu’ils avaient la meilleure défense. C’est un facteur de solidarité et c’est dans ce secteur qu’on voit le tempérament d’une équipe. Marquer des essais, ce n’est pas le plus difficile dans ce sport. L’équipe de France de football a été championne du monde avec sa défense mais on ne voit que les deux buts de Zidane en finale. Pourtant les tauliers étaient derrière, c’est essentiel !
Comment abordez-vous les matchs amicaux ?
Christophe DOMINICI : Il y a deux scénarii possibles. On gagne les trois matches face aux Anglais et aux Gallois, ce n’est pas pour ça qu’on sera champion du monde. De même, si on perd les deux ou les trois rencontres, ce n’est pas pour ça qu’on gagnera le 20 octobre. Ce sont deux compétitions différentes avec une accumulation de charges de travail. Pour la forme mentale du groupe, c’est important d’être solidaire et costaud. Maintenant, nous savons que tout ne fonctionnera pas dès le premier match, ce serait trop beau mais sur l’implication de chacun, il faut que ces matches soient plus que positifs.
Le huis clos de Marcoussis n’est-il pas pesant ?
Christophe DOMINICI : Nous avons toutes les chances. Demandez aux garçons qui ne sont pas pris s’ils trouvent le temps long ! Nous ne regardons pas assez autour de nous. Nous avons beaucoup de chance de préparer la Coupe du monde, de défendre notre pays, en France. Ca serait déplacé de dire « je suis enfermé à Marcoussis, quelle m… ». Nous avons beaucoup de chance ! Après, qu’on ait des bleus à l’âme, qu’on souffre, qu’on ait le moral en dents de scie, c’est le lot quotidien de la vie. Marcoussis ou pas. Nous avons besoin de passer du temps ensemble avant une compétition comme la Coupe du monde. Nous ne devons pas être une sélection mais une équipe et nous commençons à le devenir depuis quelques années.
Etre un des cadres de cette équipe permet-il des passe-droits ?
Christophe DOMINICI : Ça n’a jamais été mon état d’esprit et j’espère que ce n’est l’état d’esprit de personne. Aujourd’hui, j’ai un petit avantage de par mon expérience et mon tempérament. Mais si demain, Aurélien, Cédric ou Clerc (NDRL : Rougerie, Heymans, Clerc) traversent le terrain, mon avantage n’existera plus et ce sera normal. A part le capitaine, nous sommes tous sur la même ligne. Etre cadre ne veut pas dire titulaire. Il est important dans la vie du groupe, dans le vestiaire mais il n’a pas un des 15 numéros collés dans le dos. Entre l’équipe titulaire du départ et celle de la fin, il y’a toujours 30% d’écart ! Je suis serein par rapport à mon âge et à mon expérience. Je sais que je dois apporter quelque chose à l’équipe. Heureusement qu’à 35 ans, je ne stresse pas comme un minot de 20 ans.
Et jouer votre dernière Coupe du monde ajoute-t-il de la pression ?
Christophe DOMINICI : Je ne suis pas nostalgique parce que je n’y pense pas. Ça n’a jamais été quelque chose d’important pour moi. J’ai eu la chance de jouer des matches décisifs dans ma carrière et je ne me suis jamais dit « Faut que tu la gagnes parce que tu ne sais pas si tu reviendras ». Il faut jouer les matches et on compte à la fin. Pour le moment, nous rêvons. Mais tant qu’on rêve, on vit. C’est quand on ne rêve plus que l’on meurt. Le 7 septembre, on peut vivre un cauchemar. A nous de continuer de rêver. Le but de chacun ici est d’être champion du monde, je ne sais pas si on le sera mais en tout cas, on fait tout pour l’être.
Christophe DOMINICI : Ça avance. Plus nous sommes ensemble, plus les liens se créent et l’état d’esprit se renforce. Nous faisons des choses différentes et nous allons chercher les choses beaucoup plus loin physiquement donc forcément les hommes se découvrent dans l’attitude, le comportement, la difficulté. On apprend à se connaître toujours un peu plus !
Est-ce la préparation la plus difficile ?
Christophe DOMINICI : On me pose souvent cette question mais le corps est très bien fait. Quand on souffre, après on oublie. Je sais que la séance de vendredi était très dure mais j’ai oublié la souffrance physique, c’est le plus important. Maintenant, la plus difficile, je ne sais pas parce que le rugby évolue. Si nous sommes champions du monde, ce sera la plus facile. Nous utilisons les nouvelles techniques pour être de plus en plus performants. Forcément, nous faisons des exercices que nous n’avions pas l’habitude de faire. C’est surmontable puisqu’on est là.
La dimension physique prend de plus en plus de place, adhérez-vous à ce rugby moderne ?
Christophe DOMINICI : La préparation athlétique est aujourd’hui essentielle. Les Blacks, les Sud-africains ou les nations qui dominent le rugby mondial, sont au dessus physiquement. Après il y a le talent mais toutes les équipes de haut de tableau en ont. Il y a quelques années, on jouait 25 minutes de temps de jeu effectif. Aujourd’hui, nous sommes pratiquement à 40 minutes et pour la Coupe du monde, on sera vraisemblablement entre 45 et 50. Forcément la dimension athlétique est prépondérante, ce n’est pas propre au rugby mais au sport de haut niveau en général. En revanche, si je veux ouvrir la porte, c’est ma tête qui me fait avancer. J’aurai beau avoir le plus beau physique du monde, si ma tête ne me fait pas faire les pas pour l’ouvrir, ça ne sert à rien. Le corps et l’esprit sont liés.
Vous en avez pris conscience avant les autres ?
Christophe DOMINICI : Ce qu’on a fait là, ce mois et demi de préparation sans ballon, j’ai eu la chance et le privilège de le faire en début d’année avec le Stade Français. Après sur une saison, on ne peut plus avoir des plages de préparation aussi longues parce qu’il y a les blessures, la fatigue, les matchs, la pression… Là, nous sommes libérés pour pouvoir nous consacrer uniquement à la préparation athlétique sans avoir d’énergies négatives qui viennent altérer la préparation. Quand on est en compétition, c’est plus difficile parce qu’on pense au match en fin de semaine. En ce moment, le vendredi, on peut taper encore plus fort parce qu’on sait qu’on sera en week-end pour un ou deux jours. Je sais les bienfaits que cela procure parce que j’ai connu cette situation avec le club, tu vas plus vite, plus loin que les autres.
Qu’est-ce qui sera prépondérant dans cette Coupe du monde ?
Christophe DOMINICI : (réflexion) … Les ballons de récupération seront essentiels. C’est très difficile de marquer sur ses propres lancements de jeu car les défenses sont très organisées et conditionnées à défendre quand elles n’ont pas le ballon. Mais quand elles le perdent, il existe un temps de latence dans la réorganisation. Ça laisse beaucoup plus d’espace. Et ça, les Blacks l’ont compris depuis un certain temps. L’équipe qui va être capable de mettre les autres équipes à la faute en faisant des temps de jeu va poser beaucoup de problèmes. De toutes les Coupes du monde, que ce soit au foot ou au rugby, les équipes qui ont les meilleures défenses toujours gagnées. Neuf fois sur dix, les meilleures défenses sont championnes de France. Avec le Stade, nous avons eu un début de championnat offensif parce que nous étions prêts physiquement. En revanche, à la fin, avec les blessés, nous avons été cherchés le titre avec notre défense.
Est-ce que vous vous retrouvez dans ce rugby ?
Christophe DOMINICI : Contrairement à ce qu’on peut penser, je suis intransigeant sur ce secteur. C’est mon cheval de bataille. L’équipe qui ne prend pas d’essai va au bout. Les Australiens ont été champions du monde parce qu’ils avaient la meilleure défense. C’est un facteur de solidarité et c’est dans ce secteur qu’on voit le tempérament d’une équipe. Marquer des essais, ce n’est pas le plus difficile dans ce sport. L’équipe de France de football a été championne du monde avec sa défense mais on ne voit que les deux buts de Zidane en finale. Pourtant les tauliers étaient derrière, c’est essentiel !
Comment abordez-vous les matchs amicaux ?
Christophe DOMINICI : Il y a deux scénarii possibles. On gagne les trois matches face aux Anglais et aux Gallois, ce n’est pas pour ça qu’on sera champion du monde. De même, si on perd les deux ou les trois rencontres, ce n’est pas pour ça qu’on gagnera le 20 octobre. Ce sont deux compétitions différentes avec une accumulation de charges de travail. Pour la forme mentale du groupe, c’est important d’être solidaire et costaud. Maintenant, nous savons que tout ne fonctionnera pas dès le premier match, ce serait trop beau mais sur l’implication de chacun, il faut que ces matches soient plus que positifs.
Le huis clos de Marcoussis n’est-il pas pesant ?
Christophe DOMINICI : Nous avons toutes les chances. Demandez aux garçons qui ne sont pas pris s’ils trouvent le temps long ! Nous ne regardons pas assez autour de nous. Nous avons beaucoup de chance de préparer la Coupe du monde, de défendre notre pays, en France. Ca serait déplacé de dire « je suis enfermé à Marcoussis, quelle m… ». Nous avons beaucoup de chance ! Après, qu’on ait des bleus à l’âme, qu’on souffre, qu’on ait le moral en dents de scie, c’est le lot quotidien de la vie. Marcoussis ou pas. Nous avons besoin de passer du temps ensemble avant une compétition comme la Coupe du monde. Nous ne devons pas être une sélection mais une équipe et nous commençons à le devenir depuis quelques années.
Etre un des cadres de cette équipe permet-il des passe-droits ?
Christophe DOMINICI : Ça n’a jamais été mon état d’esprit et j’espère que ce n’est l’état d’esprit de personne. Aujourd’hui, j’ai un petit avantage de par mon expérience et mon tempérament. Mais si demain, Aurélien, Cédric ou Clerc (NDRL : Rougerie, Heymans, Clerc) traversent le terrain, mon avantage n’existera plus et ce sera normal. A part le capitaine, nous sommes tous sur la même ligne. Etre cadre ne veut pas dire titulaire. Il est important dans la vie du groupe, dans le vestiaire mais il n’a pas un des 15 numéros collés dans le dos. Entre l’équipe titulaire du départ et celle de la fin, il y’a toujours 30% d’écart ! Je suis serein par rapport à mon âge et à mon expérience. Je sais que je dois apporter quelque chose à l’équipe. Heureusement qu’à 35 ans, je ne stresse pas comme un minot de 20 ans.
Et jouer votre dernière Coupe du monde ajoute-t-il de la pression ?
Christophe DOMINICI : Je ne suis pas nostalgique parce que je n’y pense pas. Ça n’a jamais été quelque chose d’important pour moi. J’ai eu la chance de jouer des matches décisifs dans ma carrière et je ne me suis jamais dit « Faut que tu la gagnes parce que tu ne sais pas si tu reviendras ». Il faut jouer les matches et on compte à la fin. Pour le moment, nous rêvons. Mais tant qu’on rêve, on vit. C’est quand on ne rêve plus que l’on meurt. Le 7 septembre, on peut vivre un cauchemar. A nous de continuer de rêver. Le but de chacun ici est d’être champion du monde, je ne sais pas si on le sera mais en tout cas, on fait tout pour l’être.











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