Top menu



Vous êtes ici : Equipes de France > « Je veux être leader sur le terrain »
  Imprimer cette page


Date de publication : 21 Novembre 2008

« Je veux être leader sur le terrain »

Avec plus de cinquante sélections, Yannick JAUZION fait partie des références de l’équipe de France. Il revient en dix photos sur sa carrière en bleu, sur le Stade toulousain et sur les victoires et les désillusions du XV de France.
2001 - LES DEBUTS 

Que vous inspire cette photo ? 

Yannick JAUZION : On dirait un stade d’Afrique du Sud … (réflexion) … Ellis Park … Johannesbourg ? … (réflexion) … Ah oui, c’est le stade de ma première sélection en 2001. 

Quels souvenirs en gardez-vous ? 

Yannick JAUZION : C’est un très bon souvenir, je découvrais un environnement particulier avec l’équipe de France. Nous étions en tournée à l’extérieur et en plus, pour ma première sélection, j’ai gagné en Afrique du Sud. A l’époque, j’arrivais sur la pointe des pieds dans un groupe avec de grands joueurs comme Magne, Dominici, Ibanez. Je n’ai vraiment mesuré que plus tard, la portée d’une victoire comme celle-ci. 

Pour une première sélection, vous avez été confronté directement au très haut niveau … 

Yannick JAUZION : Ca m’a permis d’apprécier ce qu’était effectivement le haut niveau et de pouvoir grandir en tant que joueur de rugby. Quelques mois plus tôt, je jouais à Graulhet et je me suis retrouvé en équipe de France en train d’affronter l’Afrique du Sud ! C’était assez difficile à réaliser quelques mois auparavant. 



2003 – COUPE DU MONDE
 

Cette demi-finale reste-t-elle encore dans les mémoires ? 

Yannick JAUZION : Oui bien entendu ! C’est un match qui n’a pas été facile à digérer. Nous avons perdu une rencontre qui concluait une expérience fabuleuse comme cette Coupe du monde à l’étranger. Nous avons terminé en queue de poisson alors que tout avait très bien commencé. Nous avons fait de très bons matches en poule et même en quart de finale en sortant largement l’Irlande. Sur la demi-finale, il n’y a pas grand-chose à dire, les Anglais méritaient la victoire surtout qu’ils ont gagné la Coupe du monde derrière. Ca restera dans l’ensemble, un évènement qui m’a fait du bien. J’ai pu toucher du doigt la marge de progression que j’avais pour atteindre le très haut niveau. J’ai pris une autre dimension à partir de cette Coupe du monde. 

Avez-vous senti que vous franchissiez un pallier ? 

Yannick JAUZION : Oui, complètement ! J’ai haussé mon niveau de jeu sur cette compétition. C’était totalement différent de celle de 2007. Il y avait énormément de jeu et nous avions pu nous exprimer librement et moi le premier. 

Sauf que la pluie a mis un terme à vos illusions ... 

Yannick JAUZION : On en a beaucoup parlé mais la pluie est pour tout le monde. Les Anglais ont bien mieux manœuvré avec ces conditions climatiques, ils avaient un jeu pour ce temps là. Nous n’avons pas été capables de nous adapter et la victoire était méritée pour le XV de la Rose. 



TOULOUSE
 

Est-ce possible de voir Yannick Jauzion sous d’autres couleurs ? 

Yannick JAUZION : Non ! D’abord parce que j’ai signé quatre ans pour le Stade toulousain et je pense que ce sera mon dernier contrat. J’ai vécu de bons moments avec ce club qui m’a permis de franchir plein de pallier et d’atteindre le niveau international. J’en profite d’ailleurs pour remercier tous les staffs toulousains et en particulier Guy Novès qui m’a toujours fait confiance et qui m’a maintenu dans l’équipe contre vents et marées. Franchement, je ne me vois pas ailleurs, j’ai une histoire particulière avec ce club ! J’ai vécu trop d’histoires en rouge et noir. 

N’avez-vous pas été tenté par une expérience à l’étranger ? 

Yannick JAUZION : Je l’ai envisagé à un moment donné mais aujourd’hui c’est trop tard. Je suis plus proche de la fin de ma carrière que du début. C’est vrai que l’expérience de Frédéric Michalak est intéressante. Il a découvert un autre rugby, une autre culture. C’est très enrichissant d’autant que l’on peut se concentrer à 100% sur le rugby parce que l’on n’a pas toutes les attaches avec la famille. J’avais à l’époque, l’opportunité de pouvoir partir notamment en Angleterre mais bon, j’ai fait d’autres choix. J’ai préféré la régularité et les performances du Stade toulousain, l’ambiance du groupe et qui fait que j’arrive à m’épanouir pleinement. 



2004 – GRAND CHELEM 

Ca fait quoi un Grand Chelem ? 

Yannick JAUZION : C’est quand même un tournoi relevé avec des équipes qui jouent sans complexe sans la descente inhérente à nos compétitions domestiques. C’est le summum en Europe entre les équipes qui font partie des meilleures du monde. Suite à la Coupe du monde 2003, nous avions hâte de nous rattraper. Nous avions proposé cinq matches vraiment très réguliers, avec peu d’écart mais avec rigueur. Nous nous étions beaucoup épanouis sur ce Tournoi ! 

Etes-vous un homme de record ? 

Yannick JAUZION : Non pas vraiment ! Je suis partisan de faire de la qualité plutôt que de la quantité. Je ne suis pas à la recherche du plus grand nombre de sélections ou du record d’essais. Reste que je suis très admiratif de la carrière réalisée par Fabien Pelous ou Philippe Sella. La longévité démontre le professionnalisme. 



UN CADRE DE L’EQUIPE DE FRANCE 

Avez-vous la sensation de faire partie des cadres de l’équipe de France ? 

Yannick JAUZION : Cadre dans le sens où je suis sensé apporter mon expérience avec le vécu que j’ai en équipe de France. Les départs de Fabien Pelous, de Fabien Galthié ou Raphaël Ibanez nous ont données plus de responsabilités dans le vestiaire et dans la vie de groupe. Aujourd’hui, je donne mon opinion sur ce qui se fait, ce que l’on a vu par rapport au match à venir. Je veux être leader sur le terrain mais pas plus. 

Vous êtes tout de même plus exposé médiatiquement … 

Yannick JAUZION : Il ne faut pas être égoïste ! Il ne faut pas vouloir être capitaine pour voir sa tête dans les médias. Il faut l’être parce qu’on a envie d’être leader dans le groupe, qu’on a le sentiment de pouvoir apporter quelque chose sportivement. 

En 54 sélections, vous avez gagné 34 fois, un ratio intéressant ! 

Yannick JAUZION : C’est vrai que c’est pas mal même si on peut toujours faire mieux. Je ne cours pas après les chiffres mais c’est vrai que j’aimerais bien garder ce ratio positif à la fin de ma carrière. Nous avons souvent gagné les matches chez nous même si le bilan devait être négatif à l’extérieur. Pour le moment, je ne m’y attarde pas trop mais j’espère que quand je repasserai le film de ces matches, je n’y verrai pas trop de défaites. 



2005-2006 : VICTOIRES EN AFRIQUE DU SUD ET EN AUSTRALIE 

Sont-elles les meilleures saisons de l’équipe de France ? 

Yannick JAUZION : C’est vrai que l’on a battu l’Australie à Marseille, l’Afrique du Sud deux fois ! On avait le sentiment que l’on était tout près de l’hémisphère sud. Nous n’avions pas autant de talent que ces nations à l’époque mais nous avions fait preuve d’une force de caractère assez impressionnante. Collectivement, nous étions forts parce que nous avions une grosse défense, un bon pressing, le mental pour aller défier n’importe qui. Cela nous a permis de gagner les matches importants. Nous nous sommes forgés le caractère sur ce genre de match. 

Vous enchaînez des victoires face aux nations du sud, un des problèmes français … 

Yannick JAUZION : C’est certain ! Nous avons toujours eu des soucis à enchaîner les victoires. Dans le championnat ou la Coupe d’Europe, nous n’avons pas eu des répétitions de matches de cette intensité comme les nations de l’hémisphère sud. A l’époque, c’était vraiment un très bon bilan, nous avions gagné trois fois contre des nations majeures. 



2006 – NOUVELLE ZELANDE 

Dans quel état d’esprit sortez-vous de ce premier match de tournée à Lyon ? 

Yannick JAUZION : A la sortie du match, nous étions abattus par l’ampleur du score. En regardant de plus près, nous avions été présents dans l’engagement, même si sur la photo, j’ai manqué le placage. Nous avions été féroces dans le combat mais nous n’avions pas su gérer l’écart au score face à la Nouvelle Zélande. En première mi-temps, nous nous sommes affolés, nous avions joué nos pénalités à la main pour pouvoir revenir. Les Blacks nous avaient contrés sans aucun problème. En les reprenant au Stade de France pour le match du Centenaire, nous avions réduit l’écart et montrer que nous n’étions pas si loin que cela. 

A un an de la Coupe du mode, n’étiez-vous pas inquiet ? 

Yannick JAUZION : C’est certain que nous nous sommes remis en question parce qu’il y avait quand même un gros écart. Reste que nous avions montré certaines valeurs ce jour là que nous avions retrouvé la semaine d’après au Stade de France. Cela nous a permis d’espérer pour la Coupe du monde qui arrivait. 



LA PREPARATION 

Comment vous préparez-vous avant de rentrer sur le terrain ? 

Yannick JAUZION : Je ne suis pas superstitieux, je n’ai pas de routine particulière. J’essaye surtout de penser au plaisir que l’on peut prendre sur le terrain. Il faut amener de la joie de vivre notamment dans le vestiaire. Je n’ai pas besoin de mettre des coups de tête dans les murs pour faire monter la pression. La motivation vient tout naturellement avec le match qui approche. Il n’y a pas besoin de se motiver pour aller jouer l’Australie samedi soir, le challenge proposé est tellement excitant que ça vient tout seul. 

A quoi pensez-vous dans les couloirs avant d’entrer sur le terrain ? 

Yannick JAUZION : C’est avant tout un sport de combat ! Je suis dans mon match et je pense à mon duel, à mon vis-à-vis pour gagner ce face à face. C’est important comme moment, toujours différent. Parfois, il y a un affrontement visuel, c’est un peu comme les gladiateurs qui entrent dans l’arène. Il ne faut pas baisser le regard, faire sentir ta force mentale et physique. C’est le début du match ! Ce sont des instants intenses et privilégiés où l’adrénaline commence à monter, le cœur s’affole, des sentiments que nous ne connaitrons pas après notre carrière. 



2007 – COUPE DU MONDE 

N’y a-t-il que la France pour ce genre d’exploit ? 

Yannick JAUZION : Je ne sais pas ! Disons qu’il y avait pas mal d’écart sportivement parlant entre eux et nous. Si on doit le rejouer dix fois, on le perdra neuf fois parce que nous avons tellement défendu ce jour là que nous aurions dû craquer avant. Nous avions les Dieux du rugby avec nous … Nous avons provoqué cela. Nous méritons tout de même cette victoire même si sportivement, je le répète, la Nouvelle Zélande était supérieure. Nous avons eu le mérite d’y croire parce que rien n’était fait. Nous étions à Cardiff, menés à la mi-temps. Cela restera un bon souvenir et quelque chose de fantastique pour l’équipe de France. 

Est-ce votre meilleur souvenir ? 

Yannick JAUZION : Oui je pense ! L’ambiance dans le stade était magique, tous ces moments resteront gravés dans ma mémoire. 

Cette victoire rattrape t’elle une Coupe du monde décevante ? 

Yannick JAUZION : Nous avons connu des hauts et des bas, collectivement et individuellement. C’est quelque chose à part. Je suis très content d’y avoir participé. C’était complètement différent de l’Australie en 2003. Nous avions bien plus de pression médiatique que nous n’avons pas su gérer lors du premier match. Trop se sentiments sont passés par-dessus et cela s’est répercuté négativement sur la performance de l’équipe. Pour moi, c’est une expérience positive parce que cela forge le mental. C’était une très belle aventure humaine avec des moments faciles, d’autres plus compliqués, avec une préparation physique intense. Ce n’était pas simple mais humainement, nous avons vécu des choses extraordinaires. 



LE TRIO D’ENTRAINEURS 

Quel a été votre réaction lors de la première rencontre ? 

Yannick JAUZION : Je n’étais pas au premier rassemblement mais j’ai eu des retours très positifs des autres toulousains. C’est un trio d’entraîneurs très jeunes qui a besoin de faire ses preuves. Nous sommes en train de monter une histoire commune entre les joueurs et l’encadrement. Nous avons envie de nous investir pour leur donner raison tant sur le plan humain que sportif. 

En quoi cela a-t-il changé ? 

Yannick JAUZION : Tout a changé ! Ce sont des nouveaux discours, de nouvelles méthodes, de nouvelles stratégies de jeu et une nouvelle philosophie du rugby. Il faut s’y adapter et cela nécessite un peu de temps. Bernard Laporte sortait de huit ans à la tête de l’équipe de France. C’était bien de changer d’entraîneur, pour régénérer le groupe ou pour avoir une autre vision du rugby. Maintenant, Bernard Laporte a fait du très bon travail et a donné un témoin solide à Marc Lièvremont, Didier Retière et Emile Ntamack. Les joueurs sont conscients que la victoire nous permettra de conforter le trio d’entraîneurs. 

Emile Ntamack court-il toujours aussi vite ? 

Yannick JAUZION : Je pense parce que je le vois faire des touchers avec le reste du staff ! Il n’a pas l’air de jouer avec le frein à main (rires) … 



Crédit photo : FFR/IPicarel et Gettyimages