Pomarel : « Nous allons acquérir l’esprit olympique »

Publié le 20/07/15

Carton plein pour le 7 français. Après les filles, qualifiées en juin, les garçons ont décroché à la mi-juillet leur billet pour le tournoi olympique de Rio. Une double réussite derrière laquelle se devine la silhouette de Frédéric Pomarel. Entraîneur de l’équipe France 7, il a vécu tous les épisodes de l’aventure. Mais il ne pense déjà qu’à la suite.

Marcoussis, juillet 2015. La canicule écrase la région parisienne. Décontracté, Frédéric Pomarel ne s’en plaint pas, mais rien ne semble pouvoir l’atteindre en ce début d’été. Le Souillagais promène autour de lui un regard pétillant et un visage radieux. Le rugby à 7, sa discipline, a atteint son double objectif. Les Bleus iront aux Jeux de Rio, en août 2016, au sein de l’équipe de France olympique. Le résultat d’un parcours long, souvent tortueux, parfois incertain. Une aventure collective, sportive mais aussi humaine, vécue avec David Courteix, l’entraîneur de France 7 Féminines. Frédéric Pomarel n’en a oublié aucune étape, les plus belles comme les pires. Mais il pense déjà à la suite. Avec, dans la voix, une pointe d’impatience.

Le Projet Olympique

« Nous nous sommes sentis pousser des ailes »

« La qualification des deux équipes de France aux Jeux de Rio figurait, en toutes lettres, dans le Projet Olympisme préparé par la Fédération dès la fin de l’année 2009, après que la discipline ait été intégrée par le CIO dans le programme olympique. Le projet a été validé en mai 2010. A partir de là, nous avions en ligne de mire de décrocher nos billets pour les JO de 2016. Mais nous partions de loin. A l’époque, les garçons étaient classés au 19ème rang mondial. Les filles, mieux situées dans la hiérarchie, avaient pris la 7ème place à la Coupe du Monde en 2009. Dans le contexte mondial, les équipes professionnelles étaient alors peu nombreuses. En France, nous « bricolions », en y mettant toutes nos forces, mais dans un cadre politique encore flou. Nous existions, sans plus.
Le Projet Olympique était bâti sur 5 ans. Cinq années difficiles, avec des rééquilibrages incessants, beaucoup de difficultés, un peu de découragement par moments. Mais nous avions la chance d’avoir justement cinq années devant nous, ce qui a nous permis de manœuvrer. Un luxe. Nous évoluions, les premiers temps, un peu dans l’indifférence. Un autre luxe, car cela nous a donné une vraie liberté de mouvements.
Le premier déclic, pour nous, a été la signature d’un contrat entre la FFR et un joueur, Terry Bouhraoua. Nous étions en juin 2010. Pour la première fois, la Fédération s’engageait contractuellement avec un joueur. Un signe fort. Le deuxième tournant a été, un peu plus tard, la présence de nombreux directeurs de service de la FFR, à l’occasion d’un tournoi au Portugal. Ce jour-là, j’ai compris que le Projet Olympique n’était pas seulement celui des cadres techniques, de Pierre Camou et des élus, mais de la Fédération tout entière.
Sportivement, l’aventure a été marquée par deux moments mémorables : notre finale à Dubaï, en 2011, une performance qui a conforté à mes yeux la réalité de notre potentiel ; et le jour où Pierre Camou a mis en place une structure semi-professionnelle pour l’équipe France 7 Féminines, avec la volonté de mutualiser nos forces, garçons et filles. Avec David (Courteix), nous nous sommes senti pousser des ailes. »

Garçons et filles

« Nous travaillons ensemble »

« Dès le début, le Projet Olympique a été mixte. Avec David, nous avons avancé ensemble. Nos chemins n’ont pas toujours été parallèles, nous le savions au départ. Les garçons avaient déjà un statut professionnel en marge de l’équipe France 7. Les filles en étaient encore loin. J’avais la main sur le calendrier de mes joueurs, à la différence de David avec les filles. Mais, à l’inverse, il pouvait composer son groupe avec les meilleurs éléments possibles, ce qui n’était pas mon cas. Nous nous sommes toujours consultés. Comme nous ne dormons pas beaucoup, ni l’un ni l’autre, nous avons passé des nuits entières à débattre du projet, à conforter nos points de vue, à partager nos envies et nos doutes. Nous nous sommes parfois engueulés, mais sans jamais nous séparer. Nous sommes toujours restés solidaires l’un de l’autre.
L’amorce du projet a été plus facile pour moi que pour lui. David en a bavé, les premiers temps, sur le plan de l’organisation. Il a dû abattre un énorme travail pour mettre en place des fondations solides et monter son projet. Mais, par la suite, il m’a fallu composer avec les contraintes du rugby professionnel, une situation qu’il n’a pas eu à rencontrer. Je me souviens notamment d’un tournoi où, soutenu par Pierre Camou, j’avais convoqué des joueurs du Top 14 appelés dans le XV de France. Marc Lièvremont avait donné son feu vert. Le jour du rendez-vous, aucun d’eux ne s’est présenté. Leurs clubs n’avaient pas accepté de les libérer pendant une période où ils étaient censés être en vacances.
Avec David, nous avons travaillé ensemble sur l’entraînement. Nous avons élaboré des contenus communs. Plus inhabituel, nous avons partagé des séances. Fanny Horta, par exemple, s’est entraînée avec les garçons. Au bout de dix minutes, je ne m’apercevais même plus qu’elle était une fille au milieu des gars. L’inverse aussi a fonctionné. Nous avons fait bosser les garçons dans les séances des filles. »

La culture du rugby à 7

« Le pari est en train d’être gagné »

« Le Projet Olympique n’était pas seulement tourné vers les équipes de France à 7. Il y était écrit, parmi les objectifs majeurs, d’installer en France une culture du 7. Là aussi, nous sommes partis de loin. Les premières années, je rentrais de tournois à Châteauroux ou à Issoudun en me demandant si je n’étais pas en train de me fourvoyer. Nos interlocuteurs, dans les clubs, n’entendaient pas notre discours. Il y a encore quatre ans, j’ai assisté à des compétitions où certaines équipes abandonnaient en cours de tournoi. Elles partaient. Mais la Fédération n’a jamais lâché. Nous avons toujours été épaulés par les services fédéraux. Et nous y sommes arrivés. A la fin du mois de juin, cette saison, les finales des championnats de France ont rassemblé 93 équipes et au moins 2000 spectateurs à Marcoussis. Les élus étaient présents. Nous avons ressenti une ambiance rugby à 7.
Le pari n’était pas gagné d’avance, mais nous sommes en train de réussir. Etre « Sevens », en rugby, n’est pas seulement une façon de jouer. C’est tout un état d’esprit, une mentalité. Travailler de façon professionnelle, avec sérieux mais sans se prendre au sérieux. Aujourd’hui, la Fédération Française de Rugby a acquis cette culture du 7. Elle a été intégrée. Bien sûr, tout n’est pas terminé, il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Mais les résultats des équipes de France vont entraîner la machine. Je ne l’avais pas compris tout de suite, mais la qualification olympique joue un rôle moteur pour toute la pratique. Ces dernières semaines, je n’ai jamais rencontré autant de personnes au courant des performances de nos joueurs grâce à nos derniers résultats. »

Les Jeux de Rio

« On peut ramener des médailles »

« L’objectif initial était de décrocher une qualification pour les Jeux de Rio. Maintenant, nous voulons en ramener une médaille. Il nous reste un peu plus d’une année pour travailler, pour progresser, pour nous rapprocher des meilleures nations du monde. Pour les filles, le podium olympique est réaliste. Elles en sont proches. Les garçons, eux, sont aujourd’hui classés au 11ème rang mondial. Penser à une médaille aux Jeux de Rio pourrait sembler illusoire. Mais sur un coup, ils peuvent le faire. Ils en ont le potentiel.
Nous allons consacrer tout l’été à construire notre préparation des Jeux de Rio. Sportivement, je sais où je veux aller. Nous savons comment bosser, comment enfoncer le clou. A l’entraînement, l’an prochain, il faudra augmenter de 20 à 25% le volume et l’intensité. Nous devrons aussi nous imprégner de l’esprit olympique, profiter de cette dynamique pour nous transcender et aller chercher une médaille. En France, il existe un vrai savoir-faire dans les fédérations sportives pour préparer les échéances olympiques et y réussir. Nous nous sommes déjà rapprochés, pour cela, de la lutte, de l’athlétisme, du handball. Nous allons continuer. La saison prochaine, on espère aller régulièrement à l’INSEP, pour nous imprégner de la culture olympique.
Aujourd’hui, tout le monde veut déjà savoir quelle équipe fera le voyage vers Rio. Il est trop tôt pour répondre. Nous allons bâtir la meilleure équipe possible, avec des joueurs qui ont participé à l’aventure et d’autres qui pourraient nous rejoindre. Une chose est sûre pour moi : les joueurs qui voudront aller à Rio devront avoir participé au moins une fois à un tournoi du World Rugby Sevens. Cette condition ne sera pas négociable. Il ne serait pas possible, sur les plans éthique et sportif, d’autoriser une seule exception à cette règle selon moi.
Préparer les Jeux de Rio, dans mon esprit, ne se réduit pas aux douze prochains mois. Nous devons déjà penser à 2020 et 2024. Nous devons dès maintenant imaginer un plan de succession. Je voudrais, par exemple, que les équipes de France dite « Développement » deviennent les équipes des espoirs olympiques. Il faut également mettre en place un plan de fonctionnement destiné aux clubs, pour mieux intégrer l’apprentissage du 7 dans les écoles de rugby. J’ai beaucoup observé la façon dont s’entraînent les joueurs aux Fidji, les jeunes surtout. Ils travaillent beaucoup le jeu aérien, les entre-deux. Toutes les études le démontrent, on remporte un match, dans 9 cas sur 10, après avoir gagné la possession du ballon à l’engagement. En France, le travail se fait encore beaucoup trop au ras du sol. »

L’avenir

« Le potentiel est impressionnant »

« La médaille d’or de l’équipe de France masculine de rugby à 7 aux Jeux olympiques de la Jeunesse, l’an passé à Nanjing, a fait beaucoup de bien à tout le monde. On s’est dit que le travail avait été bien fait, que nous étions sur la bonne voie. Les jeunes joueurs de cette équipe sont tous issus de la filière fédérale. Ils sont les premiers élevés au grain du rugby à 7. Arthur Retière et Sacha Vallleau sont les figures emblématiques de ce projet. Certes, l’équipe de France était archi-favorite. Elle devait gagner. Mais elle a eu le mérite d’aller chercher cette victoire et cette médaille. Ils l’ont fait.
La prochaine étape du développement du rugby à 7, je la situe en mai prochain avec l’organisation d’un tournoi des « Sevens Series » à Paris, au Stade Jean-Bouin. La France n’en avait plus accueilli depuis 10 ans. Ce retour est très important pour la discipline. Le timing est parfait. Nos équipes de France sont qualifiées pour les Jeux de Rio, nous aurons un tournoi du circuit mondial à Paris et les clubs se disent aujourd’hui que ce jeu a bon goût. Nous avons la base de la pyramide et son sommet. L’élite et la masse. La Fédération a su étaler ses conquêtes. C’est très bien joué. »

FICHE D'IDENTITE

Naissance : 19 mai 1972
Formation & Parcours : STAPS Nice
Emploi Jeune Comité Départemental du Lot de 1998 à 2005
CTF Comité Midi Pyrénées / Comité Limousin
CTR Comité Ile de France de 2005-2008
Entraîneur Equipe de France féminine à 7 de 2006-2009
CTN/DTN adjoint de 2008-2015
Entraîneur National France 7 depuis 2015

Palmarès sportif
Joueur à Souillac, Nice, Antony, Lanzac

Palmarès entraîneur :
Champion d’Europe 2006 avec l’équipe de France à 7 féminine
Champion du monde universitaire 2006 avec l’équipe de France à 7 féminine
7ème à la Coupe du monde 2009 avec l’équipe de France à 7 féminine
5ème à la Coupe du Monde 2013 de Moscou avec France 7
Champion d’Europe 2014 avec France 7
Champion d’Europe 2015 avec France 7 & Qualifié JO Rio 2016

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