Pomathios, le grand aux chaussures bleues

Publié le 12/01/16

Le rugby français a perdu l’un de ses plus grands ailiers, Michel Pomathios, l’homme de plusieurs premières.

Le rugby français a perdu l’un de ses plus grands ailiers, Michel Pomathios (1,88 m), qui s’est éteint à Bourg-en-Bresse le 7 décembre dernier, dans sa 92e année. Il fut l’homme de plusieurs premières : au Pays de Galles en 1948, à Twickenham et avec les Barbarians en 1951. Cette année-là, il avait joué à Dublin avec des souliers bleus, confectionnés à Lyon spécialement pour cet ancien athlète.

Michel Pomathios était à tous égards un grand du rugby car, avec ses 188 centimètres, cet ailier hors normes dépassait nettement tous les « deuxième ligne » de son époque. Un an presque jour pour jour après son épouse « Minouche », il s’est éteint le 7 décembre à Bourg-en-Bresse, à la maison de retraite « Le Doyenné de Brou » où il résidait depuis deux ans. Il avait fêté ses 91 ans en mars et il était, depuis la disparition de Marcel Volot, l’international le plus âgé ; pour quelques jours de plus que le Clermontois Bernard Chevallier, le Toulousain Henri Fourès, qui a eu 90 ans fin août, a pris le relais…
« Le Grand Mick », ainsi surnommé par Guy Basquet, impressionnait autant par sa puissance sur le terrain que par son élégance en dehors : c’est pourquoi il était tellement apprécié des Britanniques qui l’invitèrent dans la sélection de Lord Ramsay, puis de Sir Wavell Wakefield ; ils en firent surtout, pour la tournée de Pâques 1951, le premier Français à revêtir le maillot des Barbarians. Il faudrait attendre 17 ans pour que deux autres Tricolores, Jean Gachassin et Claude Lacaze, connussent, en 1968, pareil honneur.

1951 : l’apogée

En 1951, Pomathios était à l’apogée de sa carrière : sans rival sur la scène européenne, le sociétaire du LOU venait d’accumuler les exploits dans un Tournoi qui, sans la défaite d’un point concédée à Dublin en l’absence de Jean Prat, eût valu au XV de France son premier grand chelem. Ce jour-là, Pomathios s’était aligné avec des chaussures basses de couleur bleue, confectionnées sur mesure à Lyon, et la presse britannique l’avait surnommé « Blue Booties » ; grâce à un recentrage au pied parfait, « Blue Booties » avait fait marquer le deuxième essai tricolore à Matheu. Lors du dernier match, contre le Pays de Galles, il dominerait son vis-à-vis, le fameux Ken Jones, et offrirait à Alvarez l’essai de la victoire. Ce Tournoi resterait à jamais celui de la première victoire française (11-3) à Twickenham, le 24 février. D’ailleurs, Pomathios était l’homme des premières : en 1948, pour son premier Tournoi, il avait participé au premier succès tricolore au Pays de Galles, inscrivant le troisième essai des siens sur la pelouse du Saint Helen’s où Robert Soro avait mérité son immortel surnom de « Lion de Swansea » ; en 1949, il avait été de la première tournée officielle de l’équipe de France, disputant les deux tests en Argentine ; en 1954, le XV de France terminait pour la première fois en tête du Tournoi et Pomathios avait été du succès de Murrayfield, faisant marquer au pilier tarbais Bréjassou les seuls points du match.

Michel Pomathios était un athlète complet, venu tard au rugby. Il avait d’abord, à 13 ans, remporté le 50 m nage libre des championnats de France UGSEL. Pensionnaire à Saint-Etienne, il opta pour le ballon rond mais pratiqua aussi le basket, puis l’athlétisme au point d’être convoqué par la Fédération au Fort Carré d’Antibes, centre de préparation des athlètes de haut niveau.

La carrière internationale du grand Mick s’achèverait là : pour les trois autres matchs du Tournoi et la victoire sur les All Blacks, son successeur à l’aile droite serait un certain André Boniface. Après avoir fait monter, en 1956, Vierzon en 3e division, le grand ailier raccrocherait des crampons qui n’étaient plus bleus mais, en 1961, alors qu’il venait de rejoindre les Jacques Hertet Old Boys, il effectuerait, au secours d’un LOU aux abois, un bref come back en Nationale.

Le Kirwan des années 50

Michel Pomathios était un athlète complet, venu tard au rugby. Il avait d’abord, à 13 ans, remporté le 50 m nage libre des championnats de France UGSEL. Pensionnaire à Saint-Etienne, il opterait naturellement pour le ballon rond mais pratiquerait aussi le basket, puis l’athlétisme au point d’être convoqué par la Fédération au Fort Carré d’Antibes, centre de préparation des athlètes de haut niveau. Le Bressan était spécialisé dans le triple saut et la vitesse : en 1949, il était encore, avec 13,84 m, champion du Lyonnais et se classait troisième, avec le LOU, du 4x100 m au championnat de France.

La guerre l’obligea à revenir au pays natal préparer son baccalauréat de mathématiques élémentaires au lycée Lalande, qui était la filière vers l’US Bourg ; sous l’influence de son frère Léon, il intégra l’équipe juniors en 1943, dans un premier temps comme troisième ligne, et accéda très vite à l’équipe fanion. Maître d’éducation physique en 1945 , il demandait Agen comme première affectation : nommé à Auch, il était « intercepté » par les Agenais qui désiraient s’attacher ce grand espoir et lui procuraient le poste laissé vacant par Jo Baladié au lycée Bernard Palissy. Sous le maillot du SUA, tout en continuant de pratiquer le 400 m, Pomathios se débarrasserait d’une certaine raideur associée à son gabarit et se hisserait au premier plan national. En 1947, il serait de la finale perdue à Toulouse mais le face-à-face très attendu entre l’alezan bressan et le « French Buffalo » Jean Lassègue, blessé, n’aurait pas lieu.

Quelques mois plus tard, l’athlète agenais obtenait à son tour la consécration internationale : en six ans sous le maillot frappé du coq, il aurait notamment comme pendants Lassègue, Siman, Porthault et Rogé, autres ailiers de légende. Mais selon Jo Maso, dont le père Jep ne tarissait pas d’éloges à propos du « Grand Mick », Pomathios était le John Kirwan des années cinquante.

Pomathios en bref

  • Né le 18 mars 1924, à Bourg-en-Bresse (01).
  • 1,88 m, 92 kg.
  • Ailier, parfois centre.
  • Clubs : US Bourg (1943-1945 et 1952-1954), SU Agen (1945-1948), Lyon OU (1948-1952 et 1961), CS Vienne (1954-1955), SA Vierzon (1955-1956).
  • Palmarès : finaliste du championnat de France 1947 avec Agen.
  • 24 fois international entre 1948 et 1954 ; tournée 1949 en Argentine.
  • Président de l’US Bourg de 1983 à 1986 ; entraîneur et dirigeant du Lyon OU. 
  • Maître d’éducation physique, puis employé d’une entreprise de fabrication d’articles de literie et chef d’une entreprise de recyclage de produits textiles.
  • Maire de Laizé (71) pendant 18 ans.
  • Croix de Guerre, chevalier de la Légion d’honneur, médaille d’or de la Jeunesse et des Sports.

Fiches de joueurs

POMATHIOS Michel

1924Année de naissance

S.U. AgenDernier club

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