Fickou : « Je sais que j’ai de la chance »

Publié le 13/03/17

Portrait sans fard d’un gamin du Var dont la carrière ne doit rien au hasard.

A 22 ans, Gaël Fickou est déjà devenu un joueur-cadre du XV de France, dont il a porté le maillot bleu à vingt-huit reprises. Son talent précoce, sa force de caractère, forgée dans un quartier difficile de La Seyne-sur- Mer, lui ont permis de brûler les étapes. Le trois-quarts centre du Stade Toulousain n’oublie pas qui il est, d’où il vient mais sait très bien jusqu’où il veut aller... le plus haut possible avec le XV de France.

MA GRANDE FAMILLE

« Jérémie, mon frère, mon ami … »

« Dans les grandes fratries, il existe toujours des affinités. Nous sommes six enfants, quatre frères et deux sœurs, dans une famille recomposée. Je suis très complice avec Jérémie : pour moi, il est le grand frère et pas uniquement parce que nous avons cinq ans d’écart. Il est celui avec qui je partage beaucoup de choses. Jérémie m’aide dans le sport, me conseille dans la gestion de mon argent, la préparation de l’après-rugby. C’est un homme du bâtiment, il avait une entreprise d’électricité. C’est pourquoi j’investis dans la pierre depuis que j’ai 18 ans. On part en vacances ensemble. Nous sommes frères… et amis. C’est lui qui m’a donné envie de quitter le football pour essayer le ballon ovale. Je jouais arrière central au FC Seynois, des clubs pros commençaient à s’intéresser à moi (Sochaux, Monaco) mais j’aimais bien le rugby où plusieurs de mes copains jouaient. Jérémie poussait en mêlée à l’US Seynoise, il animait des stages d’été au RCT.

Avec le temps, comme je me retrouvais de moins en moins dans la mentalité du football, je suis allé rejoindre mes potes à l’US Seynoise. J’aimais bien les contacts, on rigolait pas mal avec Kevin (Kevin Tuifua, ouvreur de Vannes), Corentin (Corentin Braedlin, 2e ligne d’Agen, neveu de Yann, l’ancien pilier champion de France avec le RCT) et les autres. Jérémie me disait : « Fais ce que tu as envie de faire, amuse toi, joue avec tes collègues ! » Il est toujours resté à sa place, n’a jamais cherché à influencer mes choix et mes envies. Il n’était là que pour m’aider. C’est quelqu’un d’honnête et droit. Avec lui, jamais de trucs bizarres ou tordus. J’ai un agent, un gestionnaire, je prends seul mes décisions mais lorsque j’ai besoin d’un conseil, j’en parle avec lui. Nous échangeons beaucoup ».

Gaël Fickou

TOULON, LE VAR

« J’ai appris à me battre »

« J’ai eu la chance de grandir dans une région où il y a la mer, le soleil, les palmiers. Une région au confort de vie très agréable. Mais Toulon a sa réputation. Tout jeune, on te fait sentir que tu es particulier, différent des autres. Je suis né dans un quartier difficile de La Seyne, la cité Berthe, où il faut se battre pour se défendre, défendre les copains. On retrouve cette mentalité dans le rugby. Les joueurs du Var sont généralement agressifs, surtout ceux qui jouent devant. Ce sont des guerriers. J’ai gardé des liens très forts avec mes potes. Ils sont pour moi comme des frères. Ce sont des mecs bien, qui ont des valeurs. Je me souviens de l’un de mes premiers tournois avec La Seyne. On avait joué sept matchs et il y avait eu… sept bagarres !

Après La Seyne, je suis passé par le pôle Espoirs de Hyères, au lycée de Costebelle sous la houlette de Jean Vidal, avant de rejoindre Toulon et le RCT. Au fil des ans, un groupe d’amis s’est formé, une génération très solidaire qui continue à se voir de temps en temps. A la base, je voulais rester à Toulon, porter le maillot du RCT. Gamin, j’allais à Maillol où Tana Umaga me faisait rêver. Mais la concurrence était sévère. J’étais dans le groupe contre Castres (25-25), je suis resté sur le banc. Je n’avais pas 18 ans. Ça se passait bien. Et puis des clubs pros se sont intéressés à moi… »

MES DEUX CULTURES

« C’est une force… »

« Sana, mon père, est sénégalais, natif de Casamance. Ma mère (1) est née dans le Var, d’une famille pied-noir algérienne, rapatriée en France pendant la guerre d’Algérie. J’ai grandi avec l’influence des deux cultures. C’est une force. D’un côté, il y avait le côté structuré, organisé, de ma mère ; de l’autre c’était un peu plus… olé-olé ! À l’africaine. Ces deux cultures m’ont énormément apporté. Et elles m’apportent encore beaucoup. J’essaie de retourner une à deux fois par an au Sénégal, où nous avons pas mal de famille. Quand je suis là-bas et que je vois les gamins de Dakar ou de Sali qui se baladent les pieds nus, qui n’ont rien et qui gardent le sourire... Ça permet de relativiser beaucoup de choses. Ici, en France, on se plaint pour un rien. Quand je sors d’un entraînement trop dur en bougonnant, je repense à tous ces gamins sénégalais et d’un seul coup la douleur s’estompe, je ne râle plus. Je mesure ma chance d’avoir tout ce que j’ai, d’avoir grandi en France.

Quand je vais au Sénégal, on essaye de les aider. Mais c’est difficile. Avec Benjamin Fall, nous apportons notre soutien au rugby sénégalais. Je suis très proche de Guédel N’Diaye (ancien joueur de Carcassonne XIII), le président, un ancien avocat à l’origine de la création de la fédération sénégalaise. Pour la première fois de son histoire, le Sénégal a remporté la Coupe d’Afrique 1B et mon frère, Jérémie (ancien pilier de Hyères-Carqueiranne), faisait partie de cette équipe. Nous avons une maison familiale, à Sali, et tout le monde adore s’y rendre, du côté de mon père bien sûr, mais aussi du côté de ma mère. Les cultures se mélangent. Notre famille est très ouverte, j’ai aussi une belle sœur laotienne. J’ai grandi avec deux frères blonds aux yeux bleus, les enfants du premier mariage de ma mère. On les a toujours appelés ‘‘frères’’, jamais ‘‘demi-frères’’. Ce métissage, cette diversité de ma famille, on les retrouve dans notre société. C’est une véritable richesse. Il n’y a qu’à voir ce que ça apporte au XV de France ».
(1) Annie, décédée en septembre 2016

Gaël Fickou Italie France

L’ASCENSION À TOULOUSE

« Le tournant de ma vie »

« Jean-Michel Rancoule, le recruteur des jeunes au Stade Toulousain, est venu me voir à Toulon. Puis il était en Espagne, où je jouais la Coupe d’Europe avec l’équipe de France des moins de 17 ans. Je lui avais dis que je voulais rester à Toulon, que je me sentais bien au RCT. Il m’a invité à Toulouse, pour visiter les installations, la ville, rencontrer les dirigeants. Je me souviens avoir discuté avec Guy Novès, puis Millo (Romain Millo-Chluski), Jauzion qui m’ont fait part de leurs expériences. Millo m’avait expliqué que ça avait été dur au début pour lui, en quittant Massy mais qu’il avait été super bien accueilli et entouré au club. En repartant de Toulouse, j’avais arrêté mon choix. Je jouerais au Stade Toulousain. Je venais de prendre le tournant de ma vie.

C’était l’année où Toulouse venait d’être sacré champion de France, en battant Toulon en finale (18-12). Ce que je voulais, c’était avoir du temps de jeu et, au centre, à Toulon, il y avait un joli embouteillage de grands joueurs : Giteau, Messina, Bastareaud, Lovobalavu, Mermoz, Armitage. Je n’étais que le sixième choix. A Toulouse, la concurrence était moins sévère, même si Fritz, David et Jauzion étaient tous internationaux. C’est d’ailleurs ce qui me laissait à penser que lors des tests, je pouvais avoir ma chance… J’ai signé un contrat espoir de trois ans. La première semaine fut terrible. Jérémie, mon frère, est venu passer quatre jours pour m’aider à emménager, à acheter et monter les derniers meubles.

Quand il est reparti, une peur terrible m’a envahi. Je me suis retrouvé tout seul pour la première fois de ma vie, loin de ma famille, de mes amis, de Toulon. Je ne savais plus quoi dire, quoi faire. J’étais paniqué. Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit. Et puis une petite voix m’a dit : ‘‘tu as fait un choix, tu dois l’assumer…’’ Le staff m’a mis dans les meilleures conditions, on s’est rapproché. Vivre au contact de joueurs que j’adorais, comme Yannick Jauzion, était magique. Je les badais. Pour m’aider dans mon adaptation, il y avait également Fabien Charmasson, arrivé comme moi du Pôle Espoirs de Hyères. On vivait dans le même immeuble, près d’Ernest-Wallon. On faisait tout semble. On s’est soutenu. Tout ce que m’avait promis Toulouse a été tenu. Très vite, j’ai effectué mes débuts en équipe première, pour pallier une blessure, et deux mois plus tard, j’étais appelé en stage avec l’équipe de France qui préparait les tests de novembre 2012 ».

LE XV DE FRANCE

« Il faut s’accrocher »

« Je suis ambitieux et j’aspire à être le meilleur, avec Toulouse ou en équipe de France. Il me reste encore certains détails à régler. Mais je sens qu’on progresse. Même si la défaite en Irlande nous déçoit. L’échec de Dublin est plus difficile à accepter que celui de Twickenham. Il ne nous reste plus que deux matchs à jouer dans le Tournoi, il faut s’accrocher, bien bosser et se remettre en question comme nous le faisons après chaque défaite. Mais honnêtement, nous ne sommes pas si loin des meilleurs. J’ai fait mes débuts avec l’équipe de France lors du Tournoi 2013, contre l’Ecosse. Je joue mes premières minutes en bleu à l’aile. Je venais de passer directement de l’hôtel à une place dans le XV de France. C’était génial. On gagne (23-16) mais je ne garde pas un très bon souvenir de ces débuts, à cause d’une action où l’on encaisse un essai. Un Ecossais vient me percuter sur un passage à vide, l’arbitre ne siffle pas, je ne peux pas défendre et on prend l’essai. On a fini 5e à l’issue d’un Tournoi où nous avons été mauvais.

Et puis il y a ce match contre l’Angleterre, lors du Tournoi suivant (ndlr : 2014). On est mené au Stade de France à quelques minutes du coup de sifflet final (24-19). Je remplace Bastareaud pour les cinq dernières minutes. Je m’échauffais depuis un bon bout de temps et je ne croyais plus jouer. D’ailleurs, j’étais resté sur mon vélo au bord de touche, lorsque le préparateur physique, Julien Deloire, est venu me dire : ‘‘Prépare toi, prépare toi, tu rentres…’’ Il ajoute : ‘‘vas-y, c’est toi qui va nous faire gagner le match…’’ Et figurez-vous que je rentre (75e), je marque (77e) et on gagne ! Remporter un Crunch contre l’Angleterre en inscrivant l’essai de la victoire... Jamais je n’aurais imaginé pareil scénario. J’espère que nous allons en gagner beaucoup d’autres, des matchs comme celui-là… ».

Fiches de joueurs

FICKOU Gaël

1994Année de naissance

32 Nombre de sélections

Stade toulousainDernier club

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