Dupont, la fulgurante ascension !

Publié le 21/04/17

Pour Antoine Dupont, la vie a toujours tourné autour d’un ballon ovale. De Castelnau-Magnoac, son village des Hautes-Pyrénées, au XV de France en passant par Lannemezan, Auch ou Castres, une seule passion l’anime : celle du rugby. L’espace d’une fin de match historique face aux Gallois, où le grand public a découvert sa fougue et son culot, le demi de mêlée du CO a touché du doigt son rêve d’enfant. Et l’histoire n’est certainement pas finie...

SES DÉBUTS À CASTELNAU-MAGNOAC

« Comme cadeau, je voulais soit un ballon, soit un maillot ! »

« Dans ma jeunesse, je n’ai jamais pensé à rien d’autre qu’au rugby. Du côté de mon père, Jean, comme de ma mère, Marie-Pierre, tout le monde jouait au rugby. Je suis né et j’ai grandi dans le rugby. Tous mes souvenirs d’enfance tournent autour de ce sport, du ballon ovale. Je suis né à Castelnau-Magnoac (Hautes-Pyrénées), à côté de Lannemezan (25 km entre les deux cités). Il n’y avait pas d’école de rugby au village et des bénévoles s’occupaient d’encadrer les gamins.

J’avais 3-4 ans à peine et je n’avais qu’une envie : suivre au stade mon grand frère, Clément, qui a quatre ans de plus que moi. Je râlais tellement que mes parents ont cédé et m’ont permis de l’accompagner. Il faut dire que j’étais turbulent et le fait de bien me fatiguer agissait comme un calmant.

Pour les anniversaires ou les fêtes, ce n’était pas très compliqué avec moi, je demandais soit un ballon, soit un maillot ! Une année, j’ai eu le maillot du Stade Toulousain floqué au nom de Poitrenaud et celui du XV de France, floqué Frédéric Michalak. Je devais avoir 6 ans. Toulouse était le club que j’adorais, certainement parce que mon grand-oncle m’emmenait avec lui au Stadium pour les gros matchs.

On était dans le kop, c’était génial. Plus grand, j’ai assisté à un tournoi de beach rugby à Saint-Lary. Vincent Clerc m’a offert son short, mais j’étais trop timide pour le prendre. La deuxième année au club, ils sont parvenus à regrouper suffisamment de gamins pour monter une équipe de lutins. J’ai joué mes premiers matchs, découvert les tournois. C’était génial, on partait le week-end, on pique-niquait. Ma mère et ses deux sœurs nous suivaient partout.

Je me souviens qu’on balisait pas mal avant d’affronter le Stado Tarbais, la plus grosse équipe de la région. Ils nous faisaient peur. Les dirigeants ont ensuite créé une entente avec Lannemezan. Avant les entraînements, un minibus venait nous chercher. On arrivait une heure avant le rendez-vous fixé pour jouer entre nous. Et tous les vendredi après-midis, l’école finie, nous nous retrouvions au stade pour des petits matchs à 3 contre 2, ou 3 contre 3. J’adorais les duels en un contre un. À l’époque, je ne faisais pas trop de passes… »

Antoine Dupont France moins 20 ans

SON APPRENTISSAGE À AUCH ET À JOLIMONT

« Le déclic, un stage à Marcoussis »

« Après le collège, j’ai choisi de poursuivre mes études à Auch, sur les conseils de mon frère. Les enfants de Lannemezan, normalement, vont au lycée de Tarbes.. Mais, comme le climat était un peu tendu entre Tarbes et Lannemezan, j’ai choisi de rejoindre le lycée agricole de Beaulieu parce qu’ils avaient une section rugby qui marchait bien.

La première année a été compliquée. L’internat, l’éloignement de la famille... Castelnau, j’y suis attaché. Toute ma famille vit dans la région. Mon frère, Clément, a repris l’exploitation familiale d’élevage de porcs noirs de Bigorre. En plus, au début, à Auch, l’entraîneur ne me faisait pas confiance. Je dé¬primais. J’en ai parlé à mes entraîneurs de Lannemezan, en leur disant que je voulais revenir… Quand je rentrais à la maison, le week-end, j’étais dégoûté. En fait, je râlais sans vraiment chercher à comprendre ce qui se pas¬sait. Cette période m’a aidé à grandir.

Et puis tout est rentré dans l’ordre. Je m’entraînais tous les jours de la semaine, je jouais n°10 avec l’équipe, sauf en sélection départementale où on me demandait de porter le 9. Le déclic s’est opéré lors de ma deuxième saison avec les cadets. J’ai été retenu dans le Top 50 des -17 ans. Je suis venu faire un stage à Marcoussis. Moi qui disais partout que je voulais devenir rugbyman professionnel…

Tout redémarrait. J’ai été sélectionné deux fois avec les -17 ans, en Italie et contre l’Angleterre, à Givors où toute ma famille avait fait le déplacement en minibus ! C’est à Toulouse, à Jolimont, que j’ai passé mon Bac S. Sébastien Piqueronies, que j’ai connu à Auch, m’avait persuadé de le rejoindre. Jolimont était la structure la mieux adaptée pour moi. Mais Toulouse, c’était la grande ville, une grosse métropole où je ne me sentais pas du tout à l’aise. En une année, je ne suis jamais allé une seule fois place du Capitole !

Je continuais à jouer à Auch. J’y allais tous les vendredis soirs. C’est à Toulouse que Serge Milhas, alors entraî¬neur de Castres, est venu me superviser, au mois de février 2014. Je jouais un match de sélection, que j’avais fini K.O. »

Antoine Dupont Castres

SON ÉPANOUISSEMENT À CASTRES 

« J’ai fait le bon choix »

« Avec mon pote Anthony (ndlr : Anthony Jelonch), Serge Milhas nous a invité à visiter les installations du Lévezou, où s’entraîne le CO. A l’époque, Auch jouait pour son maintien en Pro D2. Mais Auch n’est pas resté… J’avais le choix entre Castres et Bordeaux-Bègles !

Laurent Marti, le président bordelais, a été le premier à m’appeler. J’étais bouleversé parce qu’être contacté par un club de Top 14, et par son président qui plus est… En fait, ce qui a influencé mon choix, c’est la composition des effectifs. A Bordeaux, pour le poste de demi de mêlée, ils avaient déjà Heini Adams, Lesgourgues qui arrivait de Biarritz et un jeune espoir… Baptiste Serin ! Je n’aurais été que le quatrième du poste.

À Castres, j’arrivais derrière Rory Kockott, international et pressenti pour jouer la Coupe du Monde en Angleterre, et Cédric Garcia, en fin de carrière. J’étais plus assuré de faire une feuille de match qu’à Bordeaux. J’ai signé un contrat Espoirs de trois ans au CO. Je n’avais pas 18 ans et j’ai dû patienter avant de porter le maillot des pros parce qu’il fallait une dérogation.

Avant un match de Coupe d’Europe contre le Leinster, Kockott étant blessé, les en-traîneurs m’ont demandé de me préparer. Cabannes, Garcia et Talès m’ont pris sous leur aile, j’écoutais leurs conseils et tout s’est bien passé. Ce fut une saison pleine. J’étais au Pôle France à Marcoussis jusqu’au jeudi soir et je rejoignais Castres ensuite.

La première saison, je fais douze feuilles de match dont deux comme titulaire. La seconde fut plus difficile. Il y a eu beaucoup de changements, les entraîneurs sont partis, Garcia et Talès aussi. Je me retrouvais à temps plein à Castres. Les huit premiers matchs de la saison, je suis remplaçant. Je ne suis titulaire qu’une fois, à l’ouverture, et j’ai commencé à me poser des questions. J’avais du mal à faire ce que Christophe (Urios, le nouvel entraîneur castrais) voulait. Il me demandait de parler davantage avec « les gros », que je ne commandais pas assez. Mais ce n’était pas ma nature.

Le déclic, en fait, je l’ai eu avec les -20 ans, lors du Tournoi 2016. Blessé pour les deux premiers matchs, je rentre contre l’Italie. Pas très efficace. Puis je suis mieux en Ecosse, où je suis élu homme du match. On met une tôle à l’Angleterre, à Pau, pour terminer. Et nous finissons 2ème du Tournoi, derrière les Gallois qui réussissent le Grand Chelem. Quand je reviens à Castres, j’ai évolué. Le Tournoi m’a fait du bien. Christophe me trouve mieux. Et je suis même titulaire contre Pau.

Le bilan de cette deuxième saison est mitigé mais je ne me pose pas de questions. Dès le début du présent championnat, Rory prend un carton rouge. Je joue les deux matchs qui suivent. J’enchaîne et tout s’accélère »

Antoine Dupont XV de France

LE XV DE FRANCE

« Une réalité … virtuelle »

« Avant de partir pour l’Italie, j’ai passé une petite heure sur le stade à Marcoussis, avec Jeff Dubois. Il m’a montré les lancements de jeu. Je n’étais pas trop dépaysé parce qu’ils avaient de grandes similitudes avec ceux de l’équipe des moins de 20 dont j’ai porté le maillot deux saisons.

J’ai préparé le match de l’Italie comme j’ai pu … En essayant de ne pas me prendre la tête. Mais tout va très vite. Tu n’as pas le temps de réaliser ce qui t’arrive, ni de te poser des questions. À Rome, je joue sept minutes, sept minutes de bonheur, dans un contexte facilité par le score. Je me souviens surtout de la Marseillaise, juste avant le coup d’envoi. Il y avait dix secondes de décalage entre la musique de la fanfare et ce que nous, nous chantions avec le public !

J’avais Cyril (Cyril Baille, de Lannemezan) à côté de moi et, chaque fois que je tournais la tête, je me disais : ‘‘Fickou, Picamoles, Guirado, Serin, Lopez… et dire qu’il y a quelques jours encore, je les regardais à la télé !’’ J’avais l’impression que la réalité était virtuelle… Quand j’ai été appelé sur le terrain, je me suis juste dit : ‘‘il faut que tu y ailles’’. Le contexte fait tomber la pression.

La semaine suivante, avant le match contre le pays de Galles, ça allait beaucoup mieux. Les schémas, tu les assimiles plus facilement lorsque tu es sur le terrain avec le groupe. Et puis du 1 au 15, les mecs ne se trompent pas beaucoup dans leurs choix, leurs gestes. Plus que la dimension physique, c’est ce qui m’a frappé par rapport au Top 14, la différence de niveau technique. Je rentre pour les huit dernières minutes contre les Gallois avec une seule idée en tête, marquer ! Nous sommes menés 18-13 et sur chaque action, on gagne du terrain, on avance dans leurs vingt-deux mètres. Une seule idée : ne pas perdre le ballon. J’en ai un premier à jouer. Jonathan Davies coupe l’ex¬térieur, je préfère ne pas prendre de risque et le garder.

Sur le deuxième, je m’arrache, je suis repris du bout de la chaussure et je trébuche. Je vois la ligne, à un mètre, Webb me tombe dessus. Re-mêlée à 5 m. Il y avait un peu d’énervement sur le terrain parce qu’on sentait qu’il fallait qu’on y aille seuls. Qu’il (l’arbitre) ne nous donnerait rien. Et puis je vois Damien tomber derrière la ligne. L’arbitre est du mauvais côté, mais moi je sais qu’il a marqué. L’arbitre de touche dit qu’il y a essai. Après la transformation de Camille, on explose de joie.

J’ai ma cape, remise par Bernard Laporte au banquet, en même temps que Fabien Sanconnie et Guilhem Guirado. Mais lui, il recevait celle pour sa 50ème sélection. C’est particulier de se dire qu’on est un international. Mais je ne me rends pas bien compte encore. Maintenant, il va y avoir la tournée en Afrique du sud. Tout le monde a envie d’y être. Les places vont être chères ! »

Antoine Dupont

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DUPONT Antoine

1996Année de naissance

6 Nombre de sélections

Stade ToulousainDernier club

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