Ryan : « Cette équipe peut viser beaucoup plus haut »

Publié le 03/01/18

En milieu de discussion, quelques mots en Français lui échappent presque, preuve irréfutable de l’investissement de Ben Ryan dans sa nouvelle fonction. À 46 ans, le technicien anglais, devenu roi aux Fidji, occupera toute la saison un rôle de consultant auprès de France 7 pour l’aider à passer un cap. Et plus si affinités...

Quand avez-vous été contacté par la FFR ?

Ben Ryan : « J’ai rencontré Christophe (Reigt) au tournoi Sevens de Londres, en fin de saison dernière. Lors de la discussion, nous avons tout de suite accroché. Nous avons la même vision de certaines choses. Tout est parti de là. J’ai adhéré au projet. C’est pour moi un gros challenge personnel. »

Quel est votre rôle exact au sein de France 7 ?

Ben Ryan : « Je suis consultant auprès du staff, où j’interviendrais chaque mois pendant une année. Je suis là pour aider les entraîneurs sur les aspects tactiques, techniques, mais aussi de planification. Bernard Laporte et Christophe Reigt veulent un nouveau départ pour le 7 en France, avec de nouveaux joueurs, de nouveaux entraîneurs. J’espère que mon expérience leur sera utile, que l’on va pouvoir ensemble accélérer le processus engagé. Mon contrat court jusqu’à la Coupe du monde. »

Qu’espérez-vous apporter à ce groupe ?

Ben Ryan : « Je veux améliorer les performances des joueurs et aider les entraîneurs. La France ne devrait pas être dixième au classement mondial, mais disputer la Cup (le tableau final) à chaque tournoi. Les joueurs doivent réaliser qu’ils ont les mêmes qualités techniques que les Anglais par exemple. Je suis impatient de voir si les petits changements que j’ai proposés fonctionnent sur le terrain, même si on sait que cela ne va pas se faire en un claquement de doigts. »

Pourquoi l’équipe de France n’arrive-t-elle pas à décoller ?

Ben Ryan : « On voit souvent une belle équipe, capable de réaliser d’excellents matchs comme des performances moins abouties. Elle souffre d’un vrai manque de constance. J’espère pouvoir aider dans ce domaine. Mais attention, chaque expérience est différente. Le système anglais n’est pas celui des Fidji, qui lui diffère du français. On parle souvent de french-flair à propos des Bleus. Je pense qu’il a disparu. »

Pourquoi ne reviendrait-il pas par le 7 ? C’est une discipline parfaite pour ça. Tactiquement, que faut-il changer ?

Ben Ryan : « Pour mettre en place le système de jeu voulu, l’équipe doit impérativement avoir davantage la possession de balle. Les joueurs savent comment évoluer sur le terrain. Ils doivent améliorer la compréhension du très haut niveau. Ils doivent jouer sur leurs qualités naturelles tout en soignant des petits détails spécifiques au 7. »

Individuellement, les Français sont-ils au niveau ?

Ben Ryan : « Si on est un bon joueur de rugby, on peut être un bon joueur à 7. Cela demande d’autres compétences physiques, de compréhension du jeu, mais si le talent est là... Regardez Josua Tuisova (NDLR : ailier fidjien du RC Toulon). Il n’a eu qu’un seul entraînement avec l’équipe avant de jouer le Tournoi de Paris et il a tout explosé, élu meilleur joueur du tournoi. Quand je vois les joueurs français s’entraîner tout seuls, ici, à Marcoussis, je trouve que ça envoie les bons signaux. Ils veulent s’améliorer, j’aime ça. »

Le problème, c’est aussi dans la tête, docteur ?

Ben Ryan : « Avec cette équipe, c’est un peu l’histoire de l’œuf et de la poule. Dès qu’ils pourront battre régulièrement de grandes nations comme la Nouvelle-Zélande, les Fidji ou l’Afrique du Sud, ils gagneront en confiance, deviendront automatiquement meilleurs. Il faut que ça commence quelque part, que ces victoires arrivent. La France possède de nombreux joueurs de qualité, mais aucun dans le vestiaire n’a remporté un Tournoi World Rugby Seven Series. Ils perdent trop souvent les matchs avant même le coup d’envoi. Il faut donc leur redonner confiance. Au 7, tout peut arriver. Tout va très vite... En octobre, à Munich, j’ai vu des changements d’attitude, plus d’envie. Cette équipe a le potentiel pour viser beaucoup plus haut, le Top 5 par exemple. »

Lors de vos interventions, comment fonctionnez-vous ?

Ben Ryan : « J’échange avec les entraîneurs, avec les joueurs aussi. Ils me posent de nombreuses questions. J’espère leur apporter des réponses et surtout, la confiance qui leur fait défaut. J’espère aussi pouvoir bientôt échanger avec eux en français, je prends des cours pour ça. J’espère que je pourrais parler correctement votre langue d’ici la Coupe du monde. Ça aidera à faire passer mon message. Dès que j’aurais un peu de temps, je voudrais passer quelques semaines à Paris pour accélérer mon apprentissage du français. »

Quel sera l’objectif de cette nouvelle saison ?

Ben Ryan : « De remporter des gros matches, de grimper dans la hiérarchie mondiale et de réaliser une belle Coupe du monde. Elle arrive à un moment idoine. C’est une compétition à élimination directe. Il y aura donc de nombreuses surprises. Je pense que ça peut nous aider. Il faudra ensuite se tourner vers les qualifications pour les Jeux olympiques de Tokyo. Ce ne sera pas simple du tout, mais tout à fait possible. On doit se souvenir que les Bleus ont été à quelques secondes d’une demi-finale à Rio (battus par le Japon 12-7 en quart, 7e), qui les aurait qualifiés pour 2020. En 2024, ils n’auront pas ce problème. »

Interviendrez-vous pendant les tournois ?

Ben Ryan : « Non, pas contractuellement en tout cas. J’étais souvent sur le circuit, comme je l’étais à Dubaï par exemple, mais pour HSBC. Je regarderai bien sûr avec grande attention leurs performances et serai à leur disposition s’ils ont besoin de mon avis. Mais l’équipe est dirigée par Jérôme (Daret) et Nicolas (Le Roux). Ce sont d’ailleurs d’excellents entraîneurs. J’aime beaucoup leur philosophie. Je veux les aider dans cette aventure, car je vois qu’ils travaillent très dur. Ils essayent de tirer le meilleur de leurs joueurs. C’est un travail difficile. La culture du 7 n’est pas une tradition française. Il y en revanche une culture de l’olympisme. On a pu le voir à Rio avec le grand succès populaire des tournois de 7. Et 2024 n’est pas si loin… Ça doit forcément être un objectif pour eux. »

Pour vous aussi ?

Ben Ryan : « Je n’ai qu’un contrat d’un an, même si j’espère que l’aventure se prolongera. Je ne me vois pas être là à plein temps, mais j’espère continuer à aider sur un plus long terme. Il y a un très gros potentiel. Et j’ai été si bien accueilli par tout le monde... »

Crédit photo : http://sport24.lefigaro.fr

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