Reigt : « Être libérés sur un terrain »

Publié le 18/07/18

Avant la Coupe du monde de San Francisco, le manager des équipes de France à 7 fait le point sur une saison chagrine pour les garçons, rayonnante pour les filles.

Quel sera l’objectif des équipes de France à San Francisco ?

Christophe REIGT (Manager des équipes de France à 7) : « De passer les deux premiers tours, pour les deux équipes, puis de créer des surprises pour essayer d’accrocher une médaille. C’est bien d’avoir un objectif élevé sur une Coupe du monde. C’est quand même un très bel objectif, plus prestigieux que le Circuit mondial, un peu moins que les JO. »

Quel a été le programme jusqu’au début de la compétition ?

Christophe REIGT : « Nous avons eu un dernier tournoi de préparation fin juin à Marcoussis, une dernière répétition. Après une semaine de récupération, nous sommes partis tous ensemble, filles et garçons, le 10 juillet, pour avoir le temps de bien se préparer sur place avec l’ambition de recréer un état d’esprit olympique. On a la chance d’avoir nos deux équipes qualifiées. Ce sera un beau spectacle, dans un stade mythique. »

En quoi le format à élimination directe peut-il changer la donne ?

Christophe REIGT : « Il met plus de pression sur les favoris. La pression, à 7, ce n’est pas bon, ça tue la maîtrise. On a besoin d’être libérés sur un terrain. Les garçons vont jouer sous pression leur premier match contre la Jamaïque. Sur le papier, on cible un premier match. Si on gagne, ce sera l’Australie derrière. Elle n’aura pas encore joué. On aura peut-être un avantage sur cette équipe. Après, la compétition est lancée et tout peut arriver. »

Le programme des filles est tout aussi copieux, avec le Canada et l’Australie prévus après le Japon…

Christophe REIGT : « Ça, c’est la théorie. L’intérêt de ce format, sur un match, c’est que tout peut se passer. Il faudra coller à chaque fois et être prêt à monter encore d’un cran pour profiter d’une éventuelle défaillance des équipes devant nous pour les battre. On n’est pas loin. On n’est vraiment pas très loin. On sera à l’affût. Le problème, c’est que les Néo-Zélandaises ont encore franchi un palier, comme on l’a encore vu à Paris où elles ont écrasé la compétition. »

Les Françaises aussi ont franchi un palier, avec un troisième dernier carré consécutif. Où situez-vous cette performance ?

Christophe REIGT : « Je ne crois pas que ce soit déjà arrivé, c’est donc exceptionnel. Cette équipe a gardé les valeurs de combat qui l’ont façonnée. Mais elle a franchi ce palier parce qu’elle a réussi à emmagasiner beaucoup de confiance. À Paris, on finit au pied du podium. La demi-finale se joue à rien face à l’Australie (17-21). Face aux championnes olympiques, elles se sont battues, sont revenues au score avant d’échouer à vingt secondes de la fin. La progression de cette équipe sur les trois derniers tournois est vraiment impressionnante. »

Et elles ont enfin découvert l’ambiance de Jean-Bouin…

Christophe REIGT : « Oui, c’était une première et le public a répondu présent, a complètement adhéré aux valeurs de cette équipe. C’est vraiment positif. Le podium final a vite effacé la déception de voir la 3ème place parisienne leur échapper. Elles ont vite basculé. »

Ce podium final sur le Circuit mondial est-il inespéré ?

Christophe REIGT : « Non, mais ce n’était pas un objectif formalisé. On se donnait plus de temps, on n’avait pas en tête que ça marche aussi rapidement. Le trio Australie, Nouvelle-Zélande, Canada était indéboulonnable depuis quelques saisons. Les deux dernières marches qu’il reste à franchir se jouent sur des détails, l’apport d’un ou deux éléments, le travail de précision du staff. »

Où et quand le déclic a-t-il eu lieu ?

Christophe REIGT : « Je ne parlerais pas de déclic, on monte sur notre premier podium à Kitakyushu juste après les jeux du Commonwealth. On savait que ces trois nations seraient fatiguées. On était à l’affût de ça, on voulait voir si on était capables d’être vraiment près d’elles. On l’a été, comme le prouvent ces trois derniers carrés consécutifs, dont une finale. Maintenant, il faut assumer ! Les filles seront plus attendues à chaque sortie. À Paris, sur le match pour la 3e place, les Canadiennes ont montré qu’elles n’allaient pas en rester là. »

Leur marge de progression est-elle encore importante ?

Christophe REIGT : « Je le pense, oui. Plusieurs jeunes joueuses sont arrivées en début de saison dernière. Elles amènent un plus indéniable et des profils différents. L’amalgame entre des joueuses d’expérience et ces nouvelles s’est très bien fait. Mais il faut déjà prévoir l’avenir. »

C’est-à-dire ?

Christophe REIGT : « D’ici un, deux ou trois ans, des postes seront à pourvoir, car des filles peuvent arrêter. On y travaille déjà en formant de nouvelles joueuses capables de les remplacer, pour qu’il n’y ait pas de coup d’arrêt. On doit garder ce niveau de performance, on va également renforcer la transversalité avec France Féminines. Dans le même temps, il faut aussi penser au futur proche et axer la saison prochaine sur la qualification aux Jeux olympiques de Tokyo. »

Les garçons aussi ont vu leur effectif largement remodelé. Doit-on parler d’année de transition ?

Christophe REIGT : « Je n’aime pas le terme « transition », je préfère « plan de succession ». Ce n’est pas du tout ce que l’on ressent en interne, au quotidien, avec le staff. On va sur chaque étape pour faire des résultats et être compétitifs. Du groupe des Jeux de Rio, plusieurs éléments ont arrêté. On a une équipe à reconstruire. On est sur l’identification de potentiels et de joueurs qui vont pouvoir performer ensemble. »

Qu’a-t-il manqué à cette équipe cette saison ?

Christophe REIGT : « On a trop de résultats en dents de scie. On a aussi réadapté l’orientation de nos objectifs en milieu de saison par rapport à la gestion des blessures, au temps de jeu trop important de joueurs en vue de la Coupe du monde. On a besoin d’essayer des joueurs avant de prendre des choix plus définitifs. Il est difficile de juger d’un potentiel sur d’autres compétitions que le World Series. Il y a vraiment un fossé avec les compétitions annexes. »

Comme pour les filles, vous devez pourtant être ambitieux sur le court et le long terme…

Christophe REIGT : « On a une équipe à finaliser pour être compétitifs dès l’année prochaine avec les qualifications pour les Jeux olympiques. Ce sera très dur, avec un format très complexe, en trois phases. Difficile d’imaginer une place parmi les quatre premiers du circuit sur la première, avec un seul qualifié par zone. La Grande-Bretagne est devant, l’Irlande arrive fort, les Espagnols travaillent bien avec le même groupe depuis trois ou quatre ans. Il y aura ensuite d’autres chances via un tournoi qualificatif par zone ou un dernier tournoi de repêchage. »

Cette équipe manque-t-elle d’un facteur X comme pouvait l’être Virimi Vakatawa ?

Christophe REIGT : « Son départ a eu forcément des conséquences. Il débloquait beaucoup de situations, mais on ne peut pas être dépendant d’un seul joueur. Il faut qu’il y ait un système derrière. Si toutes les grosses équipes disposent d’au moins un joueur exceptionnel, elles peuvent faire sans. À Paris, l’Afrique du Sud a très peu fait jouer sa star, Seabelo Senatla, et a quand même atteint la finale. »

Quelles autres différences existe-t-il avec ces équipes du haut de tableau ?

Christophe REIGT : « En peu de temps, elles sont passées de douze ou quatorze joueurs à trente. D’un tournoi à l’autre, avec de nombreux changements, cela donne des différences très peu significatives. À Hong Kong, l’Afrique du Sud est deuxième avec son équipe « académie ». C’est hallucinant ! Nous sommes à des lieues de ça. Si on n’assume pas ça, si on n’est pas réalistes, on va se planter. On a besoin de rentrer des profils de joueurs de très haut niveau, c’est obligatoire. On le voit chez les All Blacks. Beaucoup d’internationaux sont passés par le 7 durant leur formation pendant deux ou trois saisons. »

Avec un peu de recul, quel bilan tirez-vous de ce tournoi parisien ?

Christophe REIGT : « L’image qui reste, c’est qu’on n’est pas si loin. On doit continuer à bosser. Au moins, on n’a pas lâché comme lors des derniers tournois, où il y avait eu beaucoup de rotations de joueurs. Il faut aussi regarder le contenu et les rapports de force en présence. C’est primordial dans notre discipline. Les connaisseurs le savent bien, les néophytes, moins. »

À quels changements peut-on s’attendre pour la saison prochaine ?

Christophe REIGT : « On voudrait un noyau dur de joueurs professionnels qui formera le groupe, avec peut-être l’apport ponctuel de joueurs de Top 14 ou de Pro D2, mais à petites doses. Avec le le DTN Didier Retière, nous avons convenu d’intégrer de façon significative le 7 dans la formation du joueur. »

Vous allez aussi travailler à la mise en place des mesures préconisées par la nouvelle convention FFR/LNR…

Christophe REIGT : « S’il est en effet acté que l’on va travailler avec les clubs professionnels, il n’y a rien de concret pour l’instant. Il existe une volonté des deux entités de trouver les solutions pour améliorer les résultats des équipes de France. »

Que pouvez-vous nous dire du circuit professionnel envisagé pour la rentrée 2019 ?

Christophe REIGT : « Il est lui aussi acté, on doit travailler ensemble sur le modèle, le contenu, le calendrier. Les staffs techniques des clubs vont nous donner leur retour. Il faudra prendre un peu de temps pour l’écrire parce qu’on ne va pas changer de formule tous les six mois. C’est un travail lourd à mettre en place. On a évoqué cinq ou six dates. Ce serait déjà bien. »

D’autres projets sont-ils à l’étude ?

Christophe REIGT : « Oui, on va intégrer beaucoup plus de 7 dans les Pôles Académies. On n’est pas plus bêtes que les autres. Dans beaucoup de pays, le 7 fait partie intégrante de la formation du joueur. Ça sera désormais le cas dans cette catégorie des 15-18 ans. »

Une génération qui pourrait rêver de Jeux olympiques à Paris en 2024…

Christophe REIGT : « Ça paraît loin comme ça, mais pas tant que ça. On est sur ce double objectif de résultats à court terme et de travailler sur ce plan de succession de Paris 2024. »

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