Ouedraogo : « J’ai une chance unique à saisir »

Publié le 10/06/15

Le 3ème ligne de Montpellier n’avait plus porté le maillot bleu depuis près d’un an (tournée en Australie 2014). Il revient en force. Et en double. Retenu par Philippe Saint-André dans la liste des 36 joueurs pour la Coupe du Monde 2015, il vient d’intégrer l’équipe de France de rugby à 7, qui va tenter de se qualifier pour les Jeux de Rio en 2016. Un cas unique.

Marcoussis, une fin de matinée du mois de mai 2015. Fulgence Ouedraogo prend la pose, au deuxième étage de la résidence des joueurs, pour une séance photo de l’équipe de France de rugby à 7. Il en a rejoint le groupe deux jours plus tôt, sans se faire annoncer. La semaine précédente, son nom a été cité par Philippe Saint-André parmi la liste des appelés pour préparer la Coupe du Monde en Angleterre. Dans son regard, un mélange de surprise et d’impatience. Le Montpelliérain découvre son nouveau maillot, ses partenaires et l’ambiance inconnue d’un collectif plus serré. Il peine encore à évoquer les Jeux olympique de Rio en 2016. Et ne retient pas ses sourires à l’idée de retrouver bientôt le XV de France. A 28 ans, il peut marquer l’histoire du rugby français, mais cette perspective semble peu le concerner. Il pense au présent. Avec l’envie de le vivre à fond.

Le retour en bleu

« Plus fort qu’avant »

« Le jour où Philippe Saint-André a annoncé à la presse la liste des 36 joueurs retenus pour préparer la Coupe du Monde, j’étais à l’entraînement avec mon club. A mon retour du terrain, il a fallu que je réponde à une interview. Les médias voulaient ma réaction après ma sélection. Revenir dans le groupe était mon objectif. J’ai travaillé dur pour cela. Je ne dirais pas que la présence de mon nom dans la liste a été une vraie surprise. Quelques semaines plus tôt, les entraîneurs de l’équipe de France étaient venus à Montpellier. Ils m’avaient fait comprendre que j’avais une chance, que je devais continuer à faire des efforts et réaliser des bonnes performances avec mon club. J’y croyais, au moins un peu.

La dernière tournée de novembre, le dernier Tournoi, je les ai vécus en spectateur, devant ma télévision, comme n’importe qui. J’étais blessé. Un moment difficile, où il m’a fallu me remettre en question. En troisième ligne, la concurrence est rude, les très bons joueurs sont nombreux. Revenir n’est pas évident. C’est vrai que j’ai douté, mais je me suis mis au travail.

La blessure, les épreuves, tout cela m’a renforcé. J’arrive à un âge où l’expérience et la maturité deviennent des atouts. Physiquement, je suis passé par une période difficile, la douleur à l’épaule a été intense, mais j’ai repris le dessus. Soigner une blessure s’avère long, très long. Il faut être fort dans sa tête, surmonter les doutes, inverser le mauvais cycle.

Dans une telle situation, on a tendance à vouloir s’occuper surtout de soi-même. Il est tentant de se concentrer sur sa propre personne. Mais je suis le capitaine, à Montpellier, un rôle qui exige de se mettre au service de l’équipe. L’équilibre n’a pas été simple à trouver. Mais l’expérience m’a beaucoup appris. »

La Coupe du Monde

« Je sais ce que c’est »

« Aujourd’hui, j’aborde la perspective de disputer la Coupe du Monde 2015 avec le même état d’esprit que lors de ma première participation, en 2011 en Nouvelle-Zélande. Avec les mêmes yeux d’enfant. Elle me fait envie. J’ai eu l’occasion d’en vivre une, mais répéter l’aventure me procurerait, si j’y participe, la même émotion. Je conserve de grands et beaux souvenirs de l’édition 2011. Elle a été très dure. Nous avons vécu des moments difficiles, à l’autre bout du monde, loin de nos proches et de nos familles. On a alterné les périodes de crise et les moments plus joyeux. Il a fallu rester soudés et unis. A titre personnel, cette Coupe du Monde 2011 a été compliquée. J’étais loin de chez moi, je jouais peu, j’aurais pu baisser les bras. Mais, comme les autres, je me suis laissé entraîner par la dynamique collective. Mentalement, j’en suis sorti plus fort. Elle m’a apporté de l’expérience. Je sais aujourd’hui à quoi m’attendre.

En 2011, on a vécu quatre mois ensemble. Les deux premiers mois, ceux de la préparation, ont été durs, mais ils ont permis de bien souder l’ensemble de l’effectif. Physiquement, nous sommes arrivés prêts. Avec deux mois de travail en commun, beaucoup de choses peuvent changer. Je le sais, je l’ai vécu de l’intérieur. On peut bosser dur, progresser, atteindre un niveau physique supérieur à celui du début de saison. L’aventure de la Coupe du Monde 2011, avec un début difficile et la fin que tout le monde connaît, peut se répéter cet automne. »

L’équipe de France

« Toujours la même passion »

« J’ai découvert l’équipe de France en 2007, pour une tournée en Nouvelle-Zélande. J’allais avoir 21 ans. Nous étions en fin de saison, beaucoup d’internationaux n’avaient pas été retenus, l’occasion avait été donnée à plusieurs nouveaux de débuter. Une expérience dure sur le plan sportif, mais en même temps magnifique. J’ai eu l’opportunité de jouer avec Christian Califano, Olivier Magne, Thomas Castaignède. J’admirais ces joueurs depuis longtemps et, tout d’un coup, je me retrouvais à leurs côtés. Je me sentais tout petit. Ma première Marseillaise, mon premier maillot bleu, mon premier « haka », tout cela a été un cocktail de sensations et d’émotions difficile à décrire. Mais, aujourd’hui encore, enfiler le maillot de l’équipe de France me procure toujours les mêmes frissons. L’impression de vivre un rêve d’enfant.

A 28 ans, j’ai l’impression d’être au milieu du chemin. Un peu plus qu’au milieu, sans doute. Le temps passe très vite. Trop vite. Il m’arrive de me dire que j’en suis à ma dixième saison professionnelle, mais que ces années ont coulé à une vitesse hallucinante. Avec le temps, j’ai compris qu’il fallait vivre toute cette aventure à fond, en profitant de tout. J’ai vécu des choses incroyables. Avec Montpellier, j’ai eu l’occasion de passer de la lutte pour le maintien à une finale de championnat de France. J’ai vu évoluer mon club. J’ai connu une Coupe du Monde, été champion du monde chez les jeunes, fait des tournées, connu des sélections.

Aujourd’hui, je ne me projette pas dans l’avenir. Je préfère me concentrer sur le moment présent, profiter de mon club, vivre à fond l’expérience du rugby à 7, préparer pleinement la Coupe du Monde. Physiquement et mentalement, je suis intact. J’ai toujours la même envie. Toujours la même passion. »

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Le rugby à 7

« Une découverte et une envie »

« Le staff de l’équipe de France m’a appelé pour me proposer d’essayer la discipline. Ils ont insisté sur mes qualités, qui pouvaient s’adapter au jeu à 7. Honnêtement, j’étais sceptique. J’avais même un peu d’appréhension. Mais j’ai sauté le pas. Depuis mon arrivée dans le groupe, le 25 mai, je découvre, j’apprends, je m’adapte. Je pense pouvoir apporter quelque chose dans les courses de soutien, dans le rythme. Je ne connais pas encore grand-chose du rugby à 7. J’ai regardé certains tournois à la télé. La technique et la circulation du ballon sont différentes, les repères ne sont pas les mêmes. J’ai un peu joué, plus jeune, dans des tournois avec l’équipe du Languedoc. Le défi me tente. On a l’occasion, avec le groupe, de se qualifier pour les Jeux de Rio. Dans une vie de sportif, l’aventure est magnifique. Je ne me voyais pas passer à côté d’une occasion de découvrir une autre discipline, pendre beaucoup de plaisir et participer aux JO. Physiquement, ça doit m’aider à franchir un cap sur le plan cardio.

Les deux projets, le 7 et le XV, la Coupe du Monde et les Jeux, ne sont pas incompatibles. Mon temps de récupération sera le même que celui des finalistes du Top 14. L’inconnu, pour moi, réside surtout dans la façon d’aborder l’enchaînement des rencontres. Jouer un match, plus basculer vers un deuxième au cours de la même journée. Je ne connais rien de cela. Il n’est pas possible, comme j’en ai l’habitude au rugby à XV, de prendre le temps d’assimiler le match passé, en parler, récupérer et se mettre à penser au suivant.

Jouer en moins de douze mois une Coupe du Monde et des Jeux olympiques serait une immense chance. Dans une carrière de joueur, ce serait unique. Mais je ne pense pas à l’histoire. Je ne me répète pas que je suis une sorte d’exception. Je prends tout cela comme une chance, à saisir avec beaucoup de plaisir.

J’ai toujours regardé les Jeux olympique à la télévision, depuis l’enfance, avec une grande admiration. Je me disais qu’il serait génial de pouvoir les vivre un jour avec le rugby, goûter l’ambiance, séjourner au village olympique et côtoyer tous les grands athlètes. J’ai été marqué par Usain Bolt, ses victoires, ses records. L’équipe de France de handball, aussi. J’y ai plusieurs amis. J’ai suivi leurs épopées, devant ma télé, en vibrant à chacune des rencontres. »

Troisième ligne

« Le poste de toute une carrière »

« Troisième ligne, j’y suis arrivé très tôt, dès l’époque des cadets. Jusque-là, j’évoluais au centre ou à l’arrière. Mais j’ai basculé en 3ème ligne et je n’ai plus quitté ce poste. J’aime son côté touche-à-tout, avec énormément de combats, de plaquages et de rucks, mais aussi le rôle qu’il exige de soutien et de liant avec les trois-quarts. En 3ème ligne, tous les profils peuvent s’exprimer. J’aime les espaces, les longues courses, avec ou sans ballon, faire vivre le ballon après moi. J’aime aussi la touche, un secteur où je trouve de plus en plus d’intérêt. Dans ce registre, avec ce profil, l’exemple reste à mes yeux Olivier Magne. Sans hésitation. Il était toujours au soutien, savait devenir un trois-quarts supplémentaire. Plus jeune, je l’ai beaucoup regardé jouer. Mais le poste a changé. Il demande encore plus de puissance, de vitesse et d’explosivité. »

Le Burkina Faso

« Ma famille et mes racines »

« Toute ma famille habite au Burkina Faso. Mon frère, ma sœur. Ma famille est venue me voir à Montpellier, l’an passé. Ils n’ont pas pu me voir jouer, j’étais blessé, mais pour la première fois ils ont pu assister à un match au stade. Malgré la distance, je garde le contact. Je reste aussi assez proche de certaines associations locales et de la fédération de rugby. J’essaye de les aider, à ma façon, comme je peux. Le rugby tente de grandir. Pour l’instant, le coût de l’équipement et des infrastructures rend le développement difficile, mais le Burkina obtient de bons résultats sur le plan africain. Ils veulent progresser. Je les aide en envoyant des crampons, du matériel. Ils se servent aussi de mon image pour attirer des joueurs. Le rugby reste petit, loin du foot, mais ça pousse. Le pays a une équipe à XV et une autre à 7, plus une sélection féminine. Les écoles s’y mettent aussi. Les choses sont en train de bouger, à leur rythme.

Je retourne parfois au pays. A mon grand étonnement, on me reconnait. Dans les rues de la capitale (ndlr : Ouagadougou, sa ville natale), il arrive qu’on m’arrête pour me parler, citer mon nom, les gens savent que je joue en équipe de France de rugby, ils suivent mon parcours. Ca me touche beaucoup. »

FICHE

Fulgence Ouedraogo en bref

28 ans. Né le 21 juillet 1986 à Ouagadougou (Burkina Faso)
1,91 m - 101 kg
Poste : Troisième ligne aile
Clubs : ER Pic Saint-Loup (1993-2003), Montpellier HRC (depuis 2003)
36 sélections, 1 essai. Première sélection le 9 juin 2007 contre la Nouvelle-Zélande
Champion du monde des moins de 21 ans (2006), Tournoi des 6 Nations (2010, Grand Chelem), vice-champion du monde (2011), vice-champion de France avec Montpellier (2011).

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