Courteix : « Elles rêvent avec les pieds sur terre »

Publié le 27/07/18

Meilleur entraîneur de la Coupe du monde, David Courteix revient sur la performance des Bleues à San Francisco et sur la meilleure saison des Tricolores.

Finaliste à Kitakyushu, troisième du circuit mondial, deuxième de la Coupe du monde, les Tricolores ont franchi un nouveau palier marquer marqué notamment par une première victoire sur l’Australie. Une récompense pour les « enragées » qui valident un travail et une progression entamés depuis maintenant plusieurs années. Un projet porté par David Courteix depuis 2010 !

Avec le recul, quel bilan tirez-vous de cette Coupe du monde ?

David COURTEIX (Entraîneur France 7 féminines) : « C’est un bilan très positif parce que le format de la compétition était particulier et il générait une pression énorme qui parfois nous a fait déjouer. Nous avions un parcours très compliqué avec le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande qui sont pour moi les trois meilleures nations au monde, en tout cas, les plus régulières depuis quelques années. Sortir deux de ces trois nations sur une Coupe du monde est une vraie performance surtout à la fin d’une saison plutôt réussie avec la 3ème place sur le circuit mondial. Cette compétition a été l’occasion d’apprendre beaucoup de choses sur nous-mêmes et sur les autres. »

Cette victoire sur l’Australie est-elle le déclic que vous attendiez depuis quelques temps ?

David COURTEIX : « Cette équipe s’est toujours construite par palier. Nous apprenons peu à peu à vaincre nos complexes. J’ai connu une période où nous devions nous battre face à des nations européennes comme la Russie ou les Pays-Bas puis face aux USA ou l’Angleterre. Ensuite, il y a eu le Canada, nous avons été loin, nous nous sommes r ?approchés pour enfin commencer à les battre régulièrement. Contre l’Australie, nous avons tous eu le sentiment que nous étions dans la même situation. Nous étions proches mais la pièce tombait toujours de leur côté du fait de l’expérience, de la confiance et des victoires dans de grandes compétitions. Quand les matches étaient serrés, ils tournaient tout le temps en leur faveur. Je pense que l’on a franchi un nouveau cap mais il faudra le confirmer la saison prochaine. Il restera ensuite à effectuer le même travail face à la Nouvelle Zélande, la référence mondiale actuelle ! »

Cette médaille vient ponctuer une saison exceptionnelle pour le rugby féminin …

David COURTEIX : « C’est d’abord et avant tout le fruit du travail des joueuses ! Le mérite leur revient totalement. Nous avons des filles qui ont fait de la résilience une force. Elles savent apprendre de leurs expériences positives ou difficiles que ce soit en club ou en sélection. Une grande partie de cette maturation à démarrer en 2014 avec la Coupe du monde de rugby à XV. Il y a eu une prise de conscience des exigences du haut niveau féminin. La Coupe du monde en Irlande, cette année, a renforcé cette conviction. Fanny Horta a disputé 5 Coupes du monde et les Jeux olympiques. Tout ce vécu aide à avancer plus paisiblement dans l’avenir. Nos filles évoluent également dans un environnement en osmose avec du travail en synergie entre les encadrements de France féminines, France moins 20 ans féminines ou France 7 féminines développement. Nous avons trouvé une philosophie commune avec l’envie de trouver une identité forte pour le rugby féminin. Cette deuxième place valorise tout ce qui est fait avec les encadrements, tout le travail qui se fait dans les pôles et tout le boulot de détection de ces gens de l’ombre. J’en profite pour les remercier de leur investissement. Tous mes collègues qui font ce travail invisible en en faisant du développement, de la détection, de la sensibilisation ou de la promotion et qui galèrent parfois, voir souvent. Tous ces gens-là, ce sont eux qui font que nous avons des effectifs et des gens motivés. Aujourd’hui, le rugby est un sport ouvert aux filles, qui permet à des jeunes femmes de s’épanouir et de trouver un équilibre dans la vie. »

Cette Coupe du monde a aussi mis en lumière un vrai groupe France avec beaucoup de solidarité entre les garçons et les filles ?

David COURTEIX : « Il faut l’avoir vécu de l’intérieur sans doute pour pouvoir le retranscrire. Nous avons rarement eu l’occasion, cette année, de partager des moments puisque les calendriers nous amènent à chaque coin de la planète. Sur cette Coupe du monde, il y a eu une belle dynamique et on a profité du fait d’être ensemble. Tout le monde a suivi les résultats des uns et des autres avec beaucoup d’authenticité. J’ai eu le sentiment que les marques de sympathies et d’affection étaient très sincères. Contrairement au XV, nous avons la chance de pouvoir partager une compétition et une même passion en même temps. Je le dis souvent on est plus fort et plus riche à plusieurs, nous avons pu partager des moments de pression, de tension et les gens se sont ouverts les uns aux autres. »

Cela vous a touché la réaction de vos joueuses après votre récompense de meilleur entraîneur de la compétition ?

David COURTEIX : « (silence) … Je n’aime pas trop être exposé ! Ce qui me marque le plus dans tout ça, ce sont elles, ce qu’elles font et leurs attitudes. J’ai beaucoup de respect pour elles, pour leurs investissements, bien plus que la distinction en elle-même qui n’a pas vraiment de sens pour moi. Je fonctionne beaucoup à l’affect et le fait de les voir heureuses et qu’elles accèdent à leurs rêves suffit à me combler. Leur geste me touche énormément parce que nos aventures sont excessivement humaines mais leur bonheur vaut toutes les distinctions individuelles. »

C’est aussi l’occasion de mettre en lumière votre staff ?

David COURTEIX : « Il y a des gens qui sont mis en avant, ce sont les athlètes fort heureusement mais derrière le mot équipe, il y a aussi beaucoup de personnes. Je tiens à remercier ceux qui m’entourent pour leur travail et leur investissement depuis des années, Germain Igarza (Analyste de la performance), Anthony Couderc (Préparateur physiques), Paul Albaladejo (Entraîneur adjoint), Philippe Bordes (Médecin), Lionel Labadie et (Kinésithérapeute) et François Duboisset (Manager). Ceux aussi qui sont intervenus toute l’année comme Thomas Pommies qui a fait la Coupe du monde avec les garçons ou Virginie Pecourneau. C’est aussi l’occasion de valoriser tous les gens du CNR qui restent dans l’ombre mais fournissent un travail extraordinaire pour nous permettre de nous préparer dans les meilleures conditions, la liste est trop longue pour citer tout le monde. Sans démagogie, ils sont une part prépondérante dans nos résultats, les cuisiniers, les jardiniers, les administratifs, tous ceux dont on ne parle jamais. Ils se plient en quatre toute l’année et cela me semble impossible de ne pas les associer à la performance. »

Quels sont vos objectifs pour la saison prochaine ?

David COURTEIX : « Cette saison est venue au bon moment parce que cela fait tellement longtemps que les filles font des sacrifices et travaillent avec acharnement, qu’il nous fallait des résultats. La force de ce groupe, c’est qu’il rêve les pieds sur terre et il nous faut une saison de confirmation. J’essaye toujours d’être dans l’étape d’après ! Après la victoire contre l’Australie, je n’étais pas dans l’euphorie parce que je me projetais tout de suite sur la Nouvelle Zélande. Les Blacks passées, je suis déjà sur la saison prochaine. Il faudra confirmer que l’on peut progresser autour de cet enthousiasme, de cette fraîcheur et de cette authenticité. Confirmer le potentiel de ce groupe de 23 joueuses qui a participé à toute la saison. Je pense que notre marge de progression est encore énorme. Nous ne sommes pas un produit fini et j’ai le sentiment que c’est une équipe encore excessivement perfectible au niveau collectif mais aussi individuel dans tous les domaines de la performance. »

Confirmer également que l’on peut exister au très haut niveau avec un jeu ambitieux ?

David COURTEIX : « Il y a des ambitions dans le jeu chez tout le monde, après, nous avons choisi un créneau, il y a fort longtemps, qui était celui de revendiquer une identité du rugby à la française. Il faut avoir cette ambition-là même si cette équipe se bâtit autour de sa rigueur défensive. Ce ne sont pas que les résultats qui me font penser ça, je pense que cela fait partie de l’épanouissement des filles. Le fait de se sentir investit investi et libre d’entreprendre sur le terrain entretient la dynamique de ce groupe notamment pour les plus anciennes. »

Il y a aura donc un nouvel épisode de la série « Les enragées » ?

David COURTEIX : « Oui (sourires) … J’espère qu’il se terminera bien (rires) ! Les enragées, c’est forcément quelque chose qui me plait bien. Cette expression n’est pas de nous, elle vient des entraîneurs étrangers pour nous définir mais elle traduit assez bien le comportement des joueuses et le fait qu’elles se soient tellement accrochées pendant des années. Elles gardent cette identité, c’est notre ADN, mais elles vont progresser aussi dans d’autres valeurs comme la maîtrise ou la pleine conscience. »

LA SAISON DES BLEUES

Circuit Mondial Féminin
World Rugby Women Sevens World Series (Dubaï) - 6ème place
World Rugby Women Sevens World Series (Australie) - 5ème place
World Rugby Women Sevens World Series (Japon) - 2ème place
World Rugby Women Sevens World Series (Canada) - 4ème place
World Rugby Women Sevens World Series (France) - 4ème place

Circuit européen
Grand Prix Series (France) - 1ère place

Coupe du Monde
Coupe du Monde de Rugby à 7 - 2ème place

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