Retière : « Les premiers signes sont très positifs »

Publié le 19/01/18

Le Directeur technique national retrace une année de projets menés à pas cadencés et se projette sur les futurs défis qui doivent permettre au rugby français de sortir de l’ornière et de retrouver valeurs et résultats.

Quel bilan la Direction technique nationale tire-t-elle de cette première année de mandat ?

Didier RETIERE (Directeur Technique National) : Un bilan plutôt positif. Nous avons reconfiguré et reboosté le service pour être plus en prise avec nos objectifs. Nous avons eu une grosse restructuration par secteurs, renforçant notamment la collaboration entre techniciens et salariés. Cela a pris du temps, mais une nouvelle dynamique s’est enclenchée pour affronter les futurs challenges, à savoir la restructuration du haut niveau et la mise en place de la politique du rugby fédéral. Sans oublier l’accompagnement des clubs et le recrutement des deux cents CTC.

La DTN a fait de l’interaction entre le haut niveau et la base une priorité. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Didier RETIERE : Nous sommes principalement sur le développement de la pratique et sur la volonté de voir éclore nos talents de la meilleure des manières. Nous avons attaqué pas mal de chantiers comme la réforme des championnats de jeunes avec une proposition riche et innovante, la réforme des Pôles France avec leur décentralisation à XV dans les clubs et la montée en puissance des Pôles féminins et à 7. L’autre gros sujet, c’est la transformation de nos Pôles Espoirs en académies fédérales. Le but est de mettre nos joueuses et nos joueurs au coeur du dispositif, quels que soient leur profil et leur zone géographique.

Pourquoi avoir réformé les Pôles Espoirs ?

Didier RETIERE : Ils étaient de plus en plus inadaptés à l’évolution de l’environnement. Les joueurs de ces Pôles étaient souvent coupés de la vie de leur club. Une situation assez inconfortable pour eux. Les clubs se sentaient, eux aussi, exclus de la démarche. Il fallait recréer plus d’unité. Il était surtout important que ce projet de formation des joueurs de haut niveau soit piloté par la FFR, en association avec les clubs.

Redonner le pouvoir aux clubs était-il l’objectif principal ?

C’est l’idée du renversement de pyramide ! Au lieu d’avoir un message descendant de Marcoussis, nous répondons aux exigences du terrain, en étant à proximité des acteurs de notre sport, et en premier lieu, des clubs. Nous voulons rendre les choses très accessibles, concrètes. Le vote décentralisé entre dans l’idée de cette pyramide inversée. Le premier maillon, c’est le club. Il a besoin de faire émerger ses attentes, ses envies. Et de trouver le relais espéré au sein de la FFR.

Quelle est l’importance des Conseillers techniques de club dans ce projet ?
Didier RETIERE : Ils seront les premiers relais auprès des clubs. Mais ils ne seront pas seuls sur le terrain. Toute une équipe travaillera avec eux pour mettre en oeuvre leur action. Leur mission sera d’accompagner les clubs dans la construction de leur projet. Et chacun doit en avoir un pour pérenniser son activité. Nous voulons leur donner les moyens d’être plus efficaces et de mieux vivre leur pratique. Ça va de l’accompagnement des bénévoles à la formation des cadres en passant par la mise en place du projet de formation et les interventions en milieu scolaire…

Les clubs ont-ils été oubliés par le passé ?

Didier RETIERE : Disons que le projet de club n’était pas la priorité... Il y avait cette volonté d’aller vers le club, mais ce n’était pas toujours appliqué. Culturellement, nous n’étions pas dans cet axe-là. Il faut redonner ses lettres de noblesse au développement de la pratique. Nous allons également redynamiser les commissions sportives dans les départements.

À quel point ce chantier est-il complexe ?

Didier RETIERE : C’est un projet colossal, avec un investissement compris entre 10 et 13 M€ par an. L’instauration de cette nouvelle organisation, qui va jusqu’au club, est surtout quelque chose d’inédit. La réforme territoriale a été pensée en parallèle, il y a une cohérence des projets. Nous devons encore mettre en place l’échéancier pour savoir de façon pragmatique comment nous allons déployer les forces et recruter les cadres techniques. La zone test a été lancée. Une dizaine de cadres sont déjà en formation à l’emploi. Ça ouvre des perspectives intéressantes.

Avez-vous déjà des retours de leurs actions ?

Didier RETIERE : Il y a un vrai engouement des élus, des clubs, des salariés. Le président de la zone test (NDLR : Pays de la Loire), Dominique Coquelet, me disait qu’avec la ferveur provoquée par le recrutement des premiers CTC, ils étaient passés de 45 éducateurs en formation à 90. Ça génère de l’enthousiasme, mais aussi de l’impatience. C’est peut-être la mesure phare de la politique fédérale. Un projet lourd de sens.

Avancez-vous à la vitesse espérée ?

Didier RETIERE : Nous sommes obligés de nous caler sur le rythme des clubs. Beaucoup de décisions ont été prises entre janvier et juillet. Maintenant que la saison est partie, nous sommes davantage sur le suivi. Nous préparons les prochaines décisions qui seront mises en place en septembre. Il faut réfléchir à une bonne cadence d’actions pour que le club ne soit pas déstabilisé et que ces réformes puissent se mettre en place dans les meilleures conditions.

2017 restera-t-elle comme l’année de la révolution du rugby français ?

Didier RETIERE : Quand on bouge un édifice construit il y a longtemps, ça pose souvent des problèmes. Nous bénéficions d’un alignement de planètes favorable avec cette réforme territoriale. Il y a également une réelle volonté de changer la philosophie du jeu dans nos écoles. Il y a aussi des événements qui vont fédérer comme les Jeux olympiques, la Coupe du monde 2023. Nous avons tout ce qu’il faut pour révolutionner le rugby. Il nous est possible de tout reconstruire, du sol au plafond.

Une nouvelle génération prend-elle les rênes ?

Didier RETIERE : C’est un vent nouveau qui souffle sur le rugby français. Ça va dans le sens de l’histoire. Nous voulons être plus proches des clubs, avoir un rugby plus multiforme, prendre en compte des bassins qui n’étaient pas forcément des bastions du rugby. Il y a une vision plus globale et un regard plus centré sur la formation avec la volonté de mettre le projet sportif au cœur du projet fédéral.

Quels sont vos objectifs concernant le rugby féminin ?

Didier RETIERE : Renforcer le lien entre la pratique scolaire et celle en club. Le projet est lancé depuis deux ans chez les U15, depuis l’année dernière chez les U18. Nous faisons de la mixité dans toutes les académies, ce qui permet aux jeunes filles passionnées d’accéder au meilleur niveau. Nous réalisons également beaucoup d’actions en milieu scolaire. On veut donner une image très positive de la pratique du rugby par les filles. Le projet du féminin se structure avec des réflexions sur les compétitions et le jeu pratiqué.

Quand s’élancera le deuxième train de réformes ?

Didier RETIERE : En septembre 2018, avec deux gros projets : la réforme des académies et la mise en place des CTC. Il fallait attendre les élections des présidents de Ligue pour le faire. Nous allons passer à la mise en place du dispositif. Il doit être cohérent en termes de budget, de timing. Nous en avons tellement parlé qu’on pense parfois que c’est presque fini. Ce n’est pas le cas.

Quand espérez-vous récolter les fruits de toutes ces réformes ?

Didier RETIERE : Les résultats de la politique de formation ne se feront peut-être pas sentir avant dix ou quinze ans. On espère bien sûr que notre travail sur le haut niveau paiera, lui, le plus vite possible.

Comment donner une nouvelle dynamique au XV de France ?

Didier RETIERE : C’est un vrai challenge. Tout le monde veut que l’équipe de France fonctionne pour le mieux. Il faut continuer à se remettre en cause. Nous sommes confrontés à un environnement très compétitif. Les autres nations travaillent vite et bien. Nos réformes sont récentes et les effets des JIFF, des listes ou du travail avec les clubs ne seront pas immédiats. On ne peut pas s’attendre à avoir des résultats du jour au lendemain. Je crois néanmoins que nous allons dans le bon sens. Nous avons besoin qu’elle soit performante, mais également, qu’elle retrouve ses valeurs.

Un vœu pour le rugby français en 2018 ?

Didier RETIERE : Renouer avec le plaisir, surtout en équipe de France. Les Français se reconnaissent dans des joueurs qui osent, qui ne lâchent rien. L’équipe de France féminine est un beau symbole de ces valeurs. Elle a laissé une très belle impression pendant la Coupe du monde l’été dernier. Nous avons tous été touchés par ce qu’elles ont fait. Quand les joueuses gagnent et jouent bien, ça rend la vie de tous plus facile. Ça n’appartient pas qu’à l’entraîneur, il revient aussi aux joueurs et aux supporters d’enclencher une nouvelle dynamique positive.

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