Arbitrage : Une communication à maîtriser

Publié le 16/04/18

De plus en plus nombreux, les échanges verbaux entre arbitres et joueurs doivent respecter quelques préceptes. Pour que le rugby reste un sport équitable de gentlemen.

Devenu acteur principal des matches de rugby professionnels, l’arbitre est en permanence sous l’œil des caméras, l’oreille des micros. Chacune de ses prises de parole entre dans le domaine public. Cela peut offrir quelques sorties cocasses. Mais le rire n’est pas toujours le propre de l’arbitre. « Ça peut permettre dedédramatiser certaines situations,mais il ne faut pas nonplus en abuser », tranche Damien Dauvissat.

À 23 ans, il effectue déjà sa troisième saison en Fédérale 2. Il n’est bardé d’aucune technologie le dimanche, mais rencontre les mêmes problématiques que ses homologues des étages supérieurs, comme Alexandre Ruiz, devenu malgré lui dialoguiste des épisodes du Top 14 chaque week-end. « Il y ade plus en plus de discussions,c’est vrai. C’est dû à l’évolutionde notre sport, de la société, desmentalités, des enjeux, clairementpassés dans une autre dimension. Il y a plus de pression sur le dos des joueurs et, automatiquement, sur nous. »

Un objectif de transparence et d’autorité DTN adjoint de l’arbitrage, Franck Maciello se souvient d’un temps que ses deux jeunes collègues n’ont pas connu. « Dans les années80 et 90, les arbitres necommuniquaient pas trop,les joueurs non plus ducoup. Dès qu’il y avait unecontestation, l’équipe prenaitdix mètres ! Maintenant,les arbitresparlent plus,tout le mondes’infiltre dansla brèche etcela donnedes discussionsinterminables.On ne doitpas tomberdans un traversde justification », prévient-il.

 Les explications des coups de sifflet sont pourtant souvent données, dans un objectif de transparence et d’autorité. « Parfois, on se sent “obligés”de se justifier pour asseoir nosdécisions », avoue Alexandre Ruiz.

Après trois années passées dans le giron fédéral, Damien Dauvissat devrait bientôt franchir ce cap. Les enjeux de la Fédérale 2 l’incitent lui aussi à souvent justifier ses interventions. Même si ce n’est pas systématique : « L’explication gestuelle peutsuffire. Mais sur un carton ou surdes fautes répétées par exemple, il estimportant que le joueur comprennela sanction. » Sans ralenti, son droit à l’erreur est un peu plus grand que les officiels du monde professionnel. Alexandre Ruiz : « Si le capitaineou le joueur incriminé revient à lacharge, je lui dis que je me suis peut-êtretrompé, mais que c’est ma décision. » Et donc la seule qui compte.

Quelques explications peuvent être bonnes à prendre ou à donner. « Onpeut instaurer un dialogue pourapaiser quelques tensions. Je dois savoirécouter les joueurs quand je lesappelle, comprendre leur position.Ils peuvent avoir raison. On peut setromper, mais ma décision resteracelle que j’ai prise », assure l’arbitre du Top 14.

Il faut échanger avec les joueurs, mais une règle absolue prévaut : « Le respectconstitue la première limite, cellequi ne doit jamais être dépassée », affirme- t-il. « C’est le mot-clé, appuie Franck Maciello. Respect de l’arbitre,du jeu, des adversaires. Sans respect,la communication devient difficile. »

« Le respect constitue la première limite, celle qui ne doit jamais être dépassée. » Alexandre Ruiz, arbitre de Top 14

Cela débute par une règle tacite, le vouvoiement mutuel, une autre requête de la DTNA. « On a demandéaux arbitres de vouvoyer les joueurs,même s’ils ont un cousin sur le terrain.Ils sont la représentation del’éthique, il faut garder certaines distances », soutient Franck Maciello. Il a également été demandé au corps arbitral d’appeler les joueurs par leur numéro et plus par leur prénom.

« Trop de proximité peut mettre en danger la relation avec les joueurs. Joël Dumé (DTN) nous l’a répété à sa prise de fonction », révèleAlexandre Ruiz. Son jeune collègue se plie aussi à la règle dans le monde amateur. « Etquand je croisedes joueurs queje connais, jeleur dis avantle match : “ Ce sera monsieurl’arbitreet le vouvoiement !” » sourit Damien Dauvissat.

Lui n’a pas (encore) à s’inquiéter d’être entendu par la France entière à chacune de ses injonctions. Alexandre Ruiz, si. D’où quelques précautions nécessaires. « Onfait vraiment très attention à ce qu’ondit. On a des réactions qui peuventêtre humaines et mal interprétées.On doit être très méfiants sur les motsutilisés », dit-il sans cacher qu’il aimerait bien parfois couper le micro. Une époque révolue. « L’arbitre d’aujourd’huiest un communicant, atteléde micros, d’appareils. On développepeut-être ça à l’excès, on doit trouverle bon équilibre, analyse Franck Maciello. Mais c’est la modernité de notretemps, une ère d’hypercommunication. » Les arbitres n’échappent pas à la règle.

Réseaux sociaux

Suivez l'actualité des équipes de France et de la FFR sur nos réseaux sociaux

Boutique

Mettez-vous aux couleurs du XV de France et encouragez les Bleu(e)s.

Billetterie

Achetez vos billets pour les matches du XV de France et des équipes de France